Il y a des tendances qui s’imposent partout : le nouvel iPhone, les Adidas Samba, la coupe mullet, ou bien, en pleine expansion ces dernières années, le blanchiment anal.
Consistant à dépigmenter la peau autour de l’anus, cette recherche d’uniformité corporelle vient du colorisme, une forme de discrimination qui valorise les teints de peau plus clairs au détriment des plus foncés. Pourtant, cette zone présente naturellement un épiderme plus foncé, en raison d’une concentration élevée de mélanine. Celle-ci est influencée par des facteurs génétiques et hormonaux, par l’âge ou par les frottements quotidiens.
En 2017, la demande de blanchiment anal aurait explosé de 23 % dans la clinique médicale londonienne HB Health après que certaines stars comme Kourtney Kardashian aient mentionné avoir eu recours à cette pratique. En uniformisant la couleur de leur peau, certaines femmes se sentiraient plus à l’aise dans leur corps.
Ce désir d’éclaircissement a pourtant des racines plus anciennes, d’abord culturelles : au Moyen-Orient (notamment aux Émirats arabes unis) et en Asie, la peau blanche est signe de richesse, et la dépigmentation des zones intimes peut être demandée en préparation de la nuit de noces. En effet, la peau plus claire se voit accorder une valeur sociale supérieure pour des raisons historiques et sociales. La peau bronzée a longtemps été associée aux paysans et aux ouvriers travaillant sous le soleil, et la peau pâle, étant un signe de noblesse ou d’aristocratie, était liée à l’élégance, à la propreté et à la réussite professionnelle. Elle est aujourd’hui devenue un attrait sur le marché du mariage et un idéal de beauté.
Mais ceux qui ont lancé la mode, ce sont les acteurs de l’industrie du divertissement pour adultes (le porno), qui s’est progressivement démocratisée dans les années 1980 et 1990. C’est notamment à travers l’imagerie érotique du magazine Playboy, normalisant le sexe imberbe, que la volonté d’esthétiser ces parties du corps nouvellement dévoilées a émergé.
Désormais, de nombreuses méthodes de blanchiment anal répondent aux nouveaux standards esthétiques des zones intimes et se conforment au colorisme. Des crèmes, des gels ou des sprays ont pour but d’annihiler la production de mélanine à un endroit précis. Les produits mal employés peuvent cependant comporter des risques d’inflammation. En effet, ils contiennent des actifs, tels que l’acide azélaïque, l’acide lactique ou l’acide salicylique, qui peuvent s’avérer irritants en cas de mauvais usage, ou encore de l’acide pyruvique, classé comme corrosif, pouvant provoquer de graves brûlures cutanées.
Pas étonnant que de telles crèmes à base d’hydroquinone – ingrédient aussi utilisé dans ces formules – soient interdites en Europe et au Canada depuis 2001, au vu de leur toxicité (atteintes au foie, cancers et problèmes thyroïdiens).
Le laser CO₂ est une autre méthode. Supervisée par un médecin dermatologue, elle permet de cibler spécifiquement la mélanine. Il faut tout de même être prêt à débourser près de 1000 $ CAD par séance. Et attention, le résultat n’est pas garanti : un éclaircissement mal réalisé peut provoquer un assombrissement de la zone traitée.
Un peu beaucoup d’argent pour une intervention plutôt totalement ridicule. Suivre les tendances du porno, relevant pourtant exclusivement d’une mise en scène, pour se sentir bien dans son corps, ne devrait pas être à la mode. Il est temps d’accepter ses formes, ses couleurs et ses singularités corporelles telles qu’elles le sont, sans les mettre en danger pour répondre à des standards fictifs, illusoires, inutiles et dangereux.
Prix exorbitant, dangers pour la santé, popularisation par des industries patriarcales et capitalistes qui objectifient et sexualisent les femmes et les hommes du porno : la pratique du blanchiment anal ne devrait-elle pas être vue comme démodée ?
Finalement, avec sa popularisation par les réseaux sociaux et l’accroissement des demandes, cette pratique extrême semble prendre de la place dans un monde criblé par les problèmes non résolus. Aujourd’hui, les conflits géopolitiques et les guerres déchirent des pays et des vies, la crise climatique menace l’environnement, l’insécurité alimentaire et le coût de la vie pèsent, et la fragilité économique, ainsi que la crise de la gouvernance internationale sont des problèmes primordiaux. Est-il alors raisonnable et moral de s’offrir une petite mise en beauté de l’anus ?




