Depuis quelques jours, les manifestations, qui jusque-là étaient pacifistes, ont pris une tournure plus violente. Le jeudi 22 octobre, pendant une séance parlementaire en Albanie, des députés de l’opposition ont confronté Edi Rama, le président du pays, avec des photos d’un manifestant blessé par la police lors de protestations, l’accusant de cibler ceux demandant sa démission. S’est ensuivie une bousculade durant laquelle de l’eau et divers papiers ont été lancés en direction du président.
Les yeux braqués sur la France
Alors que depuis septembre dernier, les yeux du monde sont tournés vers les revendications de la population française, les Albanais sont dans les rues de Tirana, la capitale, depuis mai 2026. Le développement contestataire actuel que connaît la France est similaire à celui que l’Albanie a initié : une communauté lance l’alerte et est vite rejointe par le reste du pays.
L’étincelle de trop
Un outrage général, surnommé la révolution du flamant rose, s’est répandu fin mai 2026. L’élément déclencheur : un projet immobilier d’hôtellerie mené par Jared Kushner, époux d’Ivanka Trump, la fille du président américain. Les manifestants demandaient l’annulation du projet en raison du risque qu’il pose pour la conservation de l’île Sazan, qui abrite d’importantes colonies de flamants roses. « Notre gouvernement est corrompu. Il est prêt à vendre l’Albanie au plus offrant », explique un manifestant à parlementaire en Albanie, des ICI-Radio Canada.
Le mouvement a par la suite pris de l’ampleur grâce aux étudiants et aux professeurs qui dénoncent les mauvaises conditions d’études et les frais de scolarité qui ne cessent d’augmenter. Les jeunes étudiants affirment vouloir se bâtir un avenir en Albanie, pas à l’étranger, et que, pour ce faire, les choses doivent changer.
À cela s’ajoute un mécontentement général quant à la hausse démesurée du coût de la vie. Avec des salaires et des fonds de retraite insuffisants, les Albanais se plaignent de devoir occuper plusieurs emplois afin de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs parents.
Nouvelles mesures anti-manifestation
Depuis le début des protestations, les manifestants appellent à la démission du président Edi Rama. Au pouvoir depuis 2013, les accusations de corruption se sont sans cesse multipliées, mais il refuse d’abdiquer. Le président invite plutôt la population à rester ouverte au dialogue et à s’unir au gouvernement afin de traverser ensemble ce qu’il qualifie de « mauvaises heures ».
Edi Rama condamne l’éclat de violence des derniers jours et dit vouloir resserrer les mesures de gestion des foules en s’inspirant du modèle français. En plus de l’usage de jets d’eau et de gaz lacrymogène, il serait alors attendu que quiconque dissimule son identité ou choisit de rester aux côtés d’une foule violente serait passible d’une amende de 500 h. Lors des manifestations de la semaine du 18 octobre, environ 300 personnes ont été blessées, parmi lesquelles se trouvent des manifestants et des policiers. Dans les médias américains, la crise en Albanie est très peu médiatisée.
Le Délit a sollicité l’opinion de la communauté albanaise à McGill à travers la Balkan Students’ Society of McGill University mais n’a reçu aucune réponse.

