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La musique en concert trop chère !

L’opportunité de soutenir la scène locale montréalaise.

Félix Fournier

Fans invétérés ou simples amateurs de musique live, la critique est unanime : tous expriment leurs frustrations face à des prix qui ont explosé ces trente dernières années, et particulièrement depuis la pandémie. Un rapport de 2025 de Goldmann Sachs révèle que le prix d’un billet de concert coûte en moyenne 136$ en 2024, contre 91$ en 2019, soit une augmentation de 50% en à peine cinq ans. 

La musique live, autrefois si abordable, s’est transformée en un luxe que seuls les mieux lotis ou les plus chanceux peuvent s’offrir, laissant des milliers de fans dans l’impossibilité d’y assister. 

Ticketmaster, dans la ligne de mire des spectateurs. 

À la suite d’une action transpartisane en avril 2026, Live Nation, maison mère de Ticketmaster, a été reconnue coupable de monopole illégal sur les marchés de l’organisation de spectacles et de la billetterie. 80 % : c’est la part de marché qu’elle contrôle aux États-Unis. Situation dont elle tire avantage pour étouffer la compétition et imposer sa propre plateforme de vente aux salles de concert. 

À chaque nouvelle annonce de tournée, Ticketmaster en prend pour son grade. Du fait de son monopole, les acheteurs mélomanes passent quasi systématiquement par la plateforme pour obtenir leur billet de concert – et l’expérience est souvent chaotique. Amaya M., étudiante en science politique et en histoire à McGill, raconte la sienne auprès de la billetterie : « Les prix sont non seulement exorbitants, mais les chances d’obtenir des billets pour de grands concerts sont minces. Les temps d’attente imposés par Ticketmaster sont vraiment dingues. Ma sœur est fan de Sabrina Carpenter, et, l’année dernière, les quatre membres de ma famille s’y sont mis pour lui acheter des tickets, mais aucun d’entre nous n’a pu accéder à l’écran “acheter des billets” (tldr). »

L’inaccessibilité des prix, elle l’attribue notamment à des standards élevés qui font désormais dans le grand spec- tacle : « Les concerts sont de moins en moins axés sur la musique en elle-même, mais plutôt sur les tenues, les chorégra- phies, les e‑ets spéciaux, etc. Je pense que c’est en quelque sorte ce qu’on attend aujourd’hui des grands artistes, vu les sommes que les spectateurs dépensent. Je ne pense pas qu’ils aient envie de dé- bourser entre 300 et 1000 dollars au plus, pour un concert qui reste statique et où l’artiste donne l’impression de ne pas prendre plaisir à se produire (tldr) »

L’inaccessibilité des prix dont parle Amaya, c’est aussi le résultat de l’emploi du modèle du dynamic pricing ou tarification dynamique, lequel ajuste le prix des tickets en fonction de la demande. Plus un artiste est populaire, plus la demande sera accrue et plus les prix des tickets exploseront. C’est un modèle qui permet aux artistes d’augmenter significativement leurs revenus, mais qui prive aussi de nombreux fans de l’opportunité d’assister à ces concerts. Raison pour laquelle certains artistes font tout simplement le choix de le retirer. En effet, comme Live Nation l’a souligné devant le tribunal, ce sont les artistes qui ont le dernier mot sur l’utilisation ‑ou non- de ce modèle. 

Un contexte économique défavorable. 

Le mécontentement vis-à-vis de la plateforme est légitime. Cela dit, Ticketmaster ne constitue que la partie visible de l’iceberg, le symptôme d’une économie qui transforme profondément le monde du spectacle : le coût de la vie en hausse provoque le désengagement des spectateurs, met en difficulté les artistes, mais aussi les organisateurs d’évènements… Live Nation, comme toute bonne entreprise capitaliste qui se respecte se trouve bien avantagée par un climat économique qui permet d’engranger toujours plus de profits. 

Avec l’essor du streaming et le déclin des disques et vinyles, autrefois prin- cipale source de rémunération des artistes, ces derniers se tournent vers la musique live pour générer l’essentiel de leur revenu. Enfin, c’est surtout pertinent pour les grands noms qui remplissent sans peine les stades. Pour les indépendants, ceux qui cherchent encore à se construire un public solide et fidèle, la tournée représente plutôt une perte d’argent.

Dans un article publié sur leur compte Substack, le groupe britannique Los Campesinos ! détaille, dans une volonté de transparence, ce que représente le coût d’une tournée indépendante en 2024. Pour une petite dizaine de dates en Amérique du Nord (ahchant toutes complet à l’exception de Boston), le groupe, qui facture la majorité de ses billets à 27,50 USD (20,25£) par souci d’accessibilité, a pu générer 99 738£ à l’issue de sa tournée. En déduisant de cette belle petite somme la rémunération des membres du personnel, les dépenses associées aux déplacements et à l’hébergement, sans compter les frais de location des salles de concert et le coût de production, le groupe arrive dans le rouge à ‑2,089.90£. Finalement, c’est la vente de leurs produits dérivés qui les maintient à flot, et c’est le cas de la majorité des petits artistes. 

Ça en devient presque redondant, tant on place toujours le problème au même endroit : tout coûte trop cher, plus rien n’est abordable, et c’est précisément ce qui est pointé du doigt lorsque les plus pessimistes ou les nostalgiques déplorent une scène musicale et locale qui se meurt.

En 1975, il suhsait de débourser quelque 8$ pour avoir la chance d’assister au concert des Rolling Stones à Toronto. Et si le prix des billets était strictement indexé à l’inflation, il coûterait aujourd’hui environ 50$ au spectateur. On est loin de la moyenne de 136$ par billet mentionnée plus tôt. Mais comme l’illustre si justement le détail des comptes de Los Campesinos!, la plupart des artistes indé restent même bien au-dessous de cette estimation. 

Profitez de la scène musicale montréalaise ! 

Ce qui motive Los Campesinos!, c’est la volonté de faire vivre la musique live, non le souci de générer du profit. Beaucoup d’artistes en représentation dans de petites salles de spectacle sont d’abord mus par des considérations créatives : aucune raison, donc, de dresser des barrières financières si élevées pour les amoureux de la musique. Souvent qualifiée, et à juste titre, de ville culturelle vibrante, Montréal jouit non seulement d’une scène musicale extrêmement riche, mais surtout abordable. Et les adresses et talents ne manquent pas ! 

Hopey F., étudiante à McGill, est aussi musicienne sur son temps libre : « La musique a toujours fait partie de mon quotidien depuis petite. Je joue beaucoup de musique indie acoustique, mais aussi des morceaux rétro des années 70 et 80, ainsi que de la musique pop. » Elle se produit régulièrement à l‘occasion d’open mics avec son amie Sarita « Il y a plein de lieux qui ouvrent leurs scènes à toutes sortes de musiciens. Mon préféré, c’est l’open mic du parc Jeanne-Mance : l’ambiance y est super décontractée et estivale. On s’est aussi produits à l’open mic queer du Co-op Bar à Milton, ainsi qu’à la jam-session du Brutopia Bar ! » À propos de la culture des open mics, elle ajoute : « J’aime beaucoup l’ambiance des soirées open mic : tout le monde est toujours très bienveillant et on a l’occasion de découvrir différents genres musicaux… rock, pop, acoustique, expérimental… Une fois, un type a apporté des verres à vin et des objets divers pour créer de la musique d’ambiance. Au parc Jeanne-Mance, le public a en quelque sorte formé une communauté, parce que ça a lieu toutes les semaines. » 

Se trouver une communauté dans une ambiance plus intimiste, ne pas vider la totalité de son porte-monnaie en l’espace d’une soirée : peut- être que la bonne alternative, c’est de se tourner vers les bars de jazz et les petites salles de concert à Montréal. Cela vous coûtera sans aucun doute moins cher que ce que vous facturent Sabrina Carpenter ou Bruce Springsteen. Puis, supporter les artistes indépendants, ça n’a pas de prix.


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