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Une course serrée aux 98e Oscars

L’animation québécoise reconnue à la cérémonie.

Photo tirée du site de l’ONF

Le 15 mars, l’Académie des arts et des sciences du cinéma a mis en lumière des talents marquants de l’année 2025 lors des récompenses de cinéma les plus importantes du monde anglophone. La cérémonie, qui se déroule toujours à Los Angeles, a été remplie comme d’habitude de discours touchants, de moments drôles et de commentaires politiques. Pécheurs (Sinners) et Une bataille après l’autre (One Battle After Another), les deux candidats en tête de liste, ont reçu des récompenses en alternance tout au long de la soirée, qui a culminé avec la victoire d’Une bataille après l’autre pour l’Oscar du meilleur film.

L’animation québécoise

Cependant, ce ne sont pas uniquement des films américains qui ont été reconnus ; parmi les lauréats triomphait le court-métrage québécois La jeune fille qui pleurait des perles. Ce film a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation. « Merci à la fantastique ville de Montréal. Merci, le Canada », a déclaré Maciek Szczerbowski, qui a accepté l’Oscar avec son co-réalisateur Chris Lavis.

La jeune fille qui pleurait des perles est un film de 17 minutes, disponible gratuitement sur le site de l’Office national du film (ONF). L’œuvre met en scène un garçon pauvre qui habite dans le quartier de Saint-Henri à Montréal, au début du 20e siècle. Il observe la famille qui habite à côté par un trou dans le mur. Souvent, la nuit, la souffrance de la jeune fille abusée par sa mère se manifeste en larmes solides et parfaitement rondes : des perles. Cette découverte donne au garçon une chance de s’échapper de la pauvreté extrême ; il ressent pourtant de l’empathie pour la jeune fille. Lorsqu’il vend les perles, il a alors du mal à soulager sa mauvaise conscience.

Les réalisateurs ont travaillé pendant cinq ans pour créer La jeune fille qui pleurait des perles, dont l’animation image par image exigeait un travail méticuleux. James Hyndman, narrateur du film, a décrit Szczerbowski et Lavis à Radio-Canada comme deux hommes « qui, tous les matins, se pointent à la job et font : “Aujourd’hui, je vais faire un bout de tissu”, et ils passent la journée [à faire, ndrl] la manche d’un veston […] et le lendemain matin, ils recommencent. » Les réalisateurs ont révélé au Devoir que, dans la situation idéale, « une journée entière de travail produit peut-être trois secondes de film ».

Il s’agissait d’un honneur plutôt inattendu pour l’ONF. Suivant l’oscarisation du court-métrage, le site Web de l’ONF a subi une brève panne causée par les nombreux internautes qui souhaitaient le visionner.

Batailles, pécheurs, et ping-pong 

Pour d’autres lauréats aussi, la victoire n’a été obtenue qu’après de longues années de travail. Paul Thomas Anderson, sacré meilleur réalisateur pour Une bataille après l’autre, avait reçu 14 nominations aux Oscars précédents sans remporter une statuette. Cette année, l’Académie a mis fin à cette série de défaites. Anderson a expliqué sur scène la subjectivité de telles récompenses, en remarquant : « Il n’y a pas de meilleur film parmi ceux-ci. Ça dépend simplement de l’humeur du jour, mais nous sommes contents d’en faire partie (tdlr). » Une bataille après l’autre est aussi le premier lauréat du nouvel Oscar de la meilleure distribution des rôles.

Si l’Académie décernait une deuxième place, le lauréat aurait presque certainement été Pécheurs, dont le succès est sans précédent. Ce film réalisé par Ryan Coogler a reçu 16 nominations cette année, ce qui constitue un record. Autumn Durald Arkapaw, directrice de la photographie pour Pécheurs, a été la première femme à recevoir un Oscar dans cette catégorie.

Quant à Timothée Chalamet, pourtant favori ces derniers mois, il a encore vu la statuette du meilleur acteur masculin lui échapper. En dépit de ses efforts considérables, sa performance éclatante comme joueur de tennis de table dans Marty Supreme n’a pas impressionné l’Académie autant que prévu. D’une certaine manière, c’est un retournement approprié, dans la mesure où la quête de Chalamet ressemble aux vaines tentatives de son personnage Marty Mauser. Il faut noter que la controverse qui entoure l’acteur à la suite de propos critiquant le ballet et l’opéra n’a pas pu contribuer à sa défaite, puisque l’incident a eu lieu après la date limite pour remettre des ballots des Oscars.

Cet Oscar, auquel Chalamet s’attendait peut-être, a été remporté par Michael B. Jordan. Dans Pécheurs, ce dernier incarnait des jumeaux qui font face à des obstacles comme le racisme et des personnages vampiriques dans l’État du Mississippi. L’actrice irlandaise Jessie Buckley a gagné l’Oscar de la meilleure actrice, ayant déjà reçu plusieurs autres récompenses pour sa performance d’une mère en deuil dans Hamnet. Comme de nombreux films attendus apparaissent au cinéma ce printemps, la planification des prochains Oscars s’amorce sans doute déjà dans le monde du cinéma.


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