Faire rire à travers l’échec est un art délicat. Rédigée par Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, The Play That Goes Wrong (La pièce qui tourne mal) a vu le jour en décembre 2012 à Londres. Celle-ci propose une comédie de mise en abyme, où chaque faux pas devient un ressort comique. Cet hiver, la troupe mcgilloise Players’ Theatre a repris l’œuvre en version abrégée. Les représentations de La pièce qui tourne mal ont eu lieu dans l’espace éponyme du club, au troisième étage du Centre universitaire de l’AÉUM, du 17 au 20 février dernier.
Synopsis
À la suite de nombreux enjeux financiers et de multiples difficultés de recrutement successives, la troupe de théâtre Cornley Polytechnic Society est enfin prête à lancer sa production du printemps : Meurtre au manoir Haversham. La pièce se déroule lors de la soirée de fiançailles de Charles Haversham et de Florence Colleymoore, où Charles – maître du manoir Haversham – est mystérieusement retrouvé mort sur le canapé du salon. Tout est cliché : la tempête de neige qui fait rage dehors, l’affaire adultère entre la fiancée et le frère cadet de la victime, la musique angoissante et l’éclairage rouge déclenché à chaque itération du mot « meurtre ». À cela s’ajoutent un décor bon marché, des répliques oubliées, des comédien·ne·s désorienté·e·s et deux actrices incarnant Florence Colleymoore successivement assommées par une porte – autant d’éléments qui font sombrer le projet de la Cornley Polytechnic Society dans un chaos total.
En arrière-scène
C’est précisément ce chaos que Players’ Theatre transforme en véritable succès scénique. Lors d’un entretien avec Le Délit, la metteuse en scène Odessa Rontogiannis explique que son objectif était de divertir le public. Une mission simple, pas toujours facile, mais bien réussie ; les rires fusent dans toute la salle et les spectateur·rice·s en sortent le sourire aux lèvres. Lauren Hodgins, qui incarne Sandra – elle-même interprète de Florence Colleymoore – confie que ce n’est qu’au moment de la représentation que tout s’est véritablement mis en place : « Il y a une scène que nous pensions tous être la pire. Finalement, ce n’était pas le cas. Nous avons beaucoup travaillé dessus, mais c’est la présence du public qui lui a donné tout son sens (tdlr). »
Si la troupe fictive de la Cornley Polytechnic Society se heurte à une série d’obstacles catastrophiques dans l’interprétation du Meurtre au manoir Haversham, les comédien·- ne·s du Players’ Theatre doivent, eux, camper ces ratés avec une extrême minutie. « Il faut donner l’impression que certaines scènes relèvent de l’erreur, alors qu’elles sont en réalité très précisément répétées, le tout rendant ces scènes crédibles. Par exemple, lorsque la porte cogne Lauren ou Gemma, il faut absolument que cela ait l’air d’un accident », explique Bennett Samberg, interprète de Dennis, à qui est attribué le rôle du majordome Perkins. Tout est planifié pour mal tourner. Même le message de bienvenue, qui annonce « si quelqu’un trouve un coffret CD de Duran Duran dans la salle, j’en ai besoin » fait partie du script original !
Pour clore l’échange, chacun·e des huit membres présents propose un mot pour résumer la pièce : « silly », « fun », « blast », « blessed », « chaotic », « calamity », « physical », « lighthearted ». Autant de qualificatifs qui décrivent une comédie où le chaos est maîtrisé avec précision. L’esprit du spectacle s’y retrouve bien : une célébration du désordre, portée par une troupe visiblement complice.


