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Des gazouillis qui sèment la zizanie

Désinvestissement McGill s’inspire de Twitter Blue pour une action militante.

Marie Prince | Le Délit

Dans une série de gazouillis publiés le 15 novembre dernier sur Twitter, un compte avec le nom d’utilisateur de l’université McGill a annoncé son « plan ambitieux de désinvestissement ». « McGill sera une institution sans énergie fossile à 75% d’ici 2075 », peut-on lire dans un des messages publiés. Le compte, appelé « @mcgilluni », est en réalité un coup de publicité du groupe activiste étudiant Désinvestissement McGill (Divest McGill), qui milite depuis 2012 pour que l’Université montréalaise retire ses investissements dans le secteur des énergies fossiles. Désinvestissement McGill emboîte ainsi le pas aux nombreux internautes qui se sont fait passer pour des célébrités ou des corporations dans la foulée du lancement de Twitter Blue par le nouveau propriétaire du réseau social, Elon Musk.

Chaos et désinformation

En octobre dernier, le milliardaire sud-africain a acheté Twitter pour la somme faramineuse de 44 milliards de dollars américains. « L’oiseau est libre », a‑t-il tweeté le 27 octobre, en référence à sa promesse de « redonner aux utilisateurs de la plateforme leur liberté d’expression ». Cherchant à augmenter les revenus du réseau social, Elon Musk a annoncé le 9 novembre dernier le lancement de Twitter Blue, un abonnement mensuel payant permettant aux utilisateur·rice·s du réseau social d’obtenir le convoité crochet bleu moyennant des frais de huit dollars par mois. À l’origine, le « crochet bleu » avait pour objectif d’indiquer qu’un compte était « officiel », un statut qui ne pouvait être obtenu que suite à une vérification réalisée par l’équipe de Twitter.

Dès le lancement de Twitter Blue, certain·e·s internautes ont saisi cette opportunité pour usurper l’identité de personnalités célèbres ou de corporations, se faisant passer pour leurs comptes officiels grâce à leur crochet bleu acheté. Rapidement, des groupes activistes ont emboîté le pas. « Ce n’est pas parce que nous tuons
la planète qu’elle ne va pas nous manquer
 », a publié un faux compte vérifié se faisant passer pour la compagnie pétrolière anglaise BP. Dans la même veine, un faux compte vérifié semblant appartenir à la compagnie pharmaceutique américaine Eli Lilly publiait : « L’insuline est maintenant gratuite », précipitant la chute de près de 5% de ses actions et causant une perte estimée de 15 milliards de dollars américains à la compagnie. Après trois jours de chaos sur la plateforme, Twitter a suspendu son programme d’abonnement.

« Même si notre message se présente sous la forme d’une satire, nous le considérons comme une diffusion de la vérité plutôt que de la désinformation »

Désinvestissement McGill

Le scénario de la semaine dernière vient renforcer certaines inquiétudes liées au rachat de Twitter par le propriétaire de Tesla et de SpaceX en ce qui a trait à l’augmentation de la circulation de la désinformation sur la plateforme, qui compte plus de 200 000 millions d’utilisateur·rice·s. Elon Musk, qui se présente comme « champion de la liberté d’expression », a par ailleurs révoqué la suspension permanente de l’ancien président américain Donald Trump de la plateforme, d’où il avait été banni pour avoir répandu de fausses informations et incité à la violence dans le contexte de l’insurrection de janvier 2021.

Non, McGill ne désinvestit pas des énergies fossiles

Contacté par courriel par Le Délit, Désinvestissement McGill nous a confirmé avoir été inspiré à créer le compte Twitter @mcgilluni en voyant cette vague d’activisme satirique sur le réseau social. Le groupe activiste mcgillois décrit sa démarche comme l’utilisation de « l’humour pour exposer les motifs absurdes de raisonnement et de prise de décision de l’administration de McGill en ce qui concerne les investissements dans les combustibles fossiles, la suppression de l’activisme étudiant, la mesure des prix, la lutte contre les syndicats et plus encore ». Questionné quant au risque de répandre de la désinformation, Désinvestissement McGill nous a répondu : « Bien que cela puisse être un risque, les communications officielles de McGill diffusent de la désinformation depuis des années. […] Même si notre message se présente sous la forme d’une satire, nous le considérons comme une diffusion de la vérité plutôt que de la désinformation. »


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