Aller au contenu

La Riposte voit rouge

Entrevue avec la Riposte socialiste étudiante de McGill.

Laura Tobon | Le Délit

La Riposte socialiste étudiante (Fightback Socialism Club) est un groupe étudiant présent depuis 2012 sur le campus de l’Université McGill qui vise à éduquer la communauté mcgilloise sur la théorie marxiste, ainsi que sur l’histoire des mouvements contestataires de manière plus générale. Le groupe fait partie de la branche canadienne de l’organisation internationale nommée La Tendance marxiste internationale. Le Délit s’est entretenu avec Sebastian, un activiste associé à la Riposte depuis trois ans maintenant afin de discuter des objectifs de l’organisation sur le campus de McGill.

Le Délit (LD): Qu’est-ce que la Riposte socialiste étudiante de McGill ? Quels sont ses objectifs ?

Sebastian (S): La Riposte est une organisation qui essaie d’apporter des idées socialistes et marxistes aux mouvements étudiants, mais aussi à divers mouvements contre l’oppression sous toutes ses formes. Nous avons donc des divisions dans des universités partout au Canada. En tant que marxistes, nous essayons d’étudier l’histoire des révolutions et des mouvements rebelles en général en essayant d’en tirer des leçons. Quelles stratégies ont marché et lesquelles ont échoué ? Il y a beaucoup de leçons qu’il faut apprendre mais qui ont tendance à être oubliées. La première est que la révolution est nécessaire et possible. Mais aussi, pour que ce mouvement révolutionnaire gagne ce pour quoi il manifeste, il doit se battre pour avoir le pouvoir politique. Par exemple, sur le campus, on fait beaucoup de travail pédagogique qui encourage les étudiants à ne pas trop se concentrer sur eux-mêmes mais à se tourner vers l’extérieur, et en particulier vers la classe ouvrière.

LD : Comment apportes-tu la révolution dans ton quotidien ?

S : Un élément important à considérer est que les révolutionnaires ne créent pas les révolutions. Les révolutions se créent d’elles-mêmes en réaction aux contradictions inhérentes des systèmes sociaux dans lesquels elles voient le jour. Par exemple, les personnes opprimées de la classe ouvrière sont amenées à lutter à cause de l’oppression et de l’exploitation qu’elles vivent dans leur quotidien et ce, jusqu’au point où elles cèdent. La vraie question à se poser est donc de savoir quelles idées mèneront le prochain mouvement de révolution. Fightback se concentre beaucoup sur la réponse à cette question, et c’est la raison pour laquelle nous mettons tant d’efforts dans l’éducation. À titre d’exemple, nous avons tenu la semaine dernière un événement sur le campus de McGill à propos du mouvement en Iran. Nous avons invité un orateur qui a raconté l’historique des divers mouvements en Iran. Notre objectif est davantage de sensibiliser la population quant à la réalité de ces événements, parce que les médias publics les abordent bien évidemment selon un angle très spécifique. Donc, plus généralement, nous voulons propager les apprentissages de ces mouvements parce que, fondamentalement, nous croyons qu’ils reviendront.

LD : Qu’est-ce que le mot rébellion évoque pour vous ?

S : Il évoque beaucoup, parce qu’en tant que marxistes nous pensons beaucoup à la révolution. La rébellion est un terme très vaste, et nous pensons davantage en termes d’une révolution. La révolution, à son origine, débute avec les masses populaires. La majorité des gens n’ont pas leur mot à dire en ce qui concerne la politique dans leur vie quotidienne, ils ne choisissent pas comment leur vie est gouvernée. La révolution, c’est lorsque ces personnes décident que c’en est assez, qu’elles se défendent et décident de sortir revendiquer dans les rues pour changer le cours de l’histoire. Un bon exemple de cela est, encore une fois, les manifestations qui se déroulent en Iran.

LD : À quel point la violence est-elle nécessaire pour une rébellion dans le contexte d’une révolution ? La violence peut-elle être une solution pour apporter le changement ?

S : La plupart des mouvements ont des origines paisibles. Pourtant, dans le cadre d’une révolution marxiste, je pense qu’il serait naïf de croire que la classe dominante céderait son pouvoir sans combat. Ça ne veut pas pour autant dire que nous encourageons la violence ! Mais, si l’on observe tous les mouvements révolutionnaires, ils sont pacifiques jusqu’à ce que la classe dirigeante et l’État qui est sous son contrôle utilisent la violence contre les manifestants. En tant que marxistes, nous défendons fermement le droit des oppressés à se défendre, peu importe la manière.


Dans la même édition