Bilinguisme : de la réputation à la réalité

Mahaut Engérant | Le Délit

En s’inscrivant à l’Université McGill, nous savions que la langue anglaise y serait la langue d’instruction. Pour diverses raisons, cela ne nous a pas découragé·e·s d’y étudier. Certain·e·s maîtrisaient déjà l’anglais ou souhaitaient perfectionner leur connaissance de cette langue. D’autres ont opté pour des programmes dispensés en français. Enfin, nombre d’entre nous ont, malgré leurs difficultés avec l’anglais, décidé de s’inscrire à McGill en raison des accommodements offerts par l’Université qui leur permettent de rester au niveau de leurs camarades anglophones. Nous sommes redevables de tous les efforts faits en ce sens par l’administration mcgilloise. Permettons-nous ici de rappeler les droits des étudiant·e·s francophones de McGill.

À l’article 15 de la Charte des droits de l’étudiant·e, il est inscrit que « chaque étudiant a le droit de soumettre en français ou en anglais tout travail écrit devant être noté (sauf dans le cas des cours dont l’un des objets est la maîtrise d’une langue) ». Ce droit s’applique indépendamment de la langue parlée par les responsables du cours et de leurs assistant·e·s. L’alinéa (f) de l’article 21, quant à lui, autorise un·e étudiant·e à se défendre en français dans les cas d’accusation d’infraction disciplinaire. Pour enchâsser le tout, l’article 2.1 interdit toute forme de traitement discriminatoire envers un·e étudiant·e en raison (entre autres) de la langue – une pratique déjà proscrite par la Charte des droits et libertés de la personne. Cela veut dire qu’un travail remis en français devrait, en théorie, être noté selon les mêmes critères d’évaluation qu’un travail remis en anglais sans pénalité ou désavantage indu.

Cependant, il se dégage des nombreuses lacunes dans les ressources de l’Université McGill une image de négligence envers les francophones du corps étudiant. Nous ne pouvons attester du véritable sentiment de l’administration mcgilloise que nous espérons attentionnée ; ainsi offrons-nous de bonne foi une liste de demandes à l’administration de McGill afin de corriger cette situation.

1. Traduire les pages Web officielles de McGill. La liste de pages à traduire est longue et certaines sont essentielles, dont celles de Minerva (« Bourses et aide financière » et la majorité des pages du Menu des étudiant·e·s), du Pôle Bien-être, des résidences et les pages en lien avec les étudiant·e·s de premier cycle.

2. Cesser d’envoyer les courriels en anglais, puis en français plus tard. Si une information est si cruciale qu’elle doit être communiquée immédiatement, elle l’est suffisamment pour que sa traduction soit également immédiate. Dans le cas contraire, le courriel anglais peut attendre la traduction. Cela aurait comme effet supplémentaire d’alléger les boîtes courriel des étudiant·e·s en diminuant le nombre de courriels envoyés. On remarque déjà un effort de l’Université en la matière, il ne faut toutefois pas qu’elle revienne à ses mauvaises habitudes.

3. S’assurer que le droit de soumettre ses travaux en français soit inscrit dans tous les plans de cours de l’Université, indépendamment des facultés. Y ajouter les manières par lesquelles les professeur·e·s évalueront les travaux en français afin que les étudiant·e·s aient confiance qu’il·elle·s ne se feront pas attribuer une note aléatoire ou que leur travail ne sera pas piètrement traduit par Google traduction.

McGill se targue d’être accessible aux francophones. Il lui reste encore un peu de travail à faire pour se montrer à la hauteur de ses prétentions.


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