Occupation du pavillon des Arts par Désinvestissement McGill

Le mouvement préfigure une université démocratique, égalitaire et environnementale.

Félix A. Vincent | Le Délit

Depuis le 7 mars dernier, le mouvement Désinvestissement McGill (Divest McGill) a commencé son occupation du vestibule du bâtiment McCall-McBain pour faire pression sur l’Université McGill afin de désinvestir des énergies fossiles. L’occupation ralliait également les autres groupes de la coalition Démocratisation McGill, qui vise à inclure le personnel, le professorat et le corps étudiant dans la prise de décision de l’Université. Cette coalition est formée de différents groupes et organisations du campus, notamment Désinvestissement McGill, Désinvestissement pour les droits de la personne (Divest for Human Rights, DHR) et les Étudiant·e·s de McGill en solidarité pour les droits humains palestiniens (Students for Palestinian Human Rights, SPHR). Les participant·e·s de l’occupation avaient installé leurs tentes et tenaient une rotation pour assurer une présence permanente. Deux tables étaient installées à l’entrée du pavillon des Arts avec des pamphlets et de la nourriture disponible pour tous·tes. Toute la semaine, le mouvement a occupé le hall sans nuire aux activités courantes d’instruction. Le 12 mars dernier, un bruit perçant a retenti dans les hauts-parleurs du bâtiment à haut volume pour une période d’au mois une heure, potentiellement dans une tentative d’intimider les occupant·e·s. Des membres de Désinvestissement McGill ont alors négocié avec des membres du personnel du bâtiment pour que le son soit coupé, et l’occupation a continué.

Félix A. Vincent | Le Délit

Le mouvement dénonce la structure de direction de l’Université qui n’inclut pas le personnel, le professorat et la population étudiante. Le Conseil des gouverneurs est l’entité qui prend les décisions finales sur le Fond de dotation de McGill (McGill Endowment Fund), la gestion du personnel ainsi que les finances de l’Université et de ses propriétés. Le Conseil des gouverneurs est formé de membres de la direction de la Banque de Montréal (BMO), de Power Corporation du Canada, de la Banque nationale du Canada, de Metro Inc, de la Banque HSBC Canada et de Redbourne Properties Inc. Selon Désinvestissement McGill, la composition du Conseil des gouverneurs expliquerait pourquoi l’Université maintient ses investissements d’environ 50 millions de dollars dans le secteur des énergies fossiles.

Félix A. Vincent | Le Délit
Félix A. Vincent | Le Délit

L’Université étant une entreprise dirigée de la sorte, le Conseil des gouverneurs répond donc à des incitatifs financiers et commerciaux. « Sous ce modèle inflexible, les étudiant·e·s, le personnel et le corps professoral souffrent d’épuisement et de problèmes de santé mentale », lit-on dans le manifeste de Désinvestissement McGill.

Félix A. Vincent | Le Délit

Durant la semaine d’occupation, les organisateur·rice·s du mouvement avaient planifié plusieurs activités d’éducation populaire et de discussion. Plusieurs sujets y étaient abordés, notamment le lien entre les intérêts financiers et la crise climatique, la gestion de l’Université par démocratie directe comme alternative aux problèmes actuels et le mouvement des grèves étudiantes de 2012. L’occupation est aussi un moyen de se tenir en solidarité avec plusieurs organisations qui s’opposent à la direction de McGill, comme le Syndicat des employé·e·s occasionnel·le·s de l’Université McGill (SÉOUM) et les Mères Mohawk.

Félix A. Vincent | Le Délit

« Nous ne faisons pas de demandes à l’Université. Nous essayons de construire nous-mêmes un mouvement qui peut réaliser la démocratisation », a expliqué Leeroy (nom fictif) au Délit. « Les mouvements étudiants sont une manière d’obtenir la démocratisation sans la demander à qui que ce soit. D’autre part, nous pouvons lancer des grèves, des grèves générales. Nous pourrions en faire plus pour mobiliser la base, pour que nos actions prennent de l’ampleur, et finalement l’administration aurait probablement assez peur de nous et pourrait nous offrir des concessions », a ajouté l’occupant·e.

Félix A. Vincent | Le Délit

« On accepte vraiment toute contribution, que ce soit de venir sur place une petite heure, de partager notre occupation sur les réseaux sociaux, ou bien de dormir. Il n’y a pas de mauvaise implication. Le but, c’est vraiment de créer un sentiment de communauté », a expliqué Luna (nom fictif).


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