Une année très forte au Prix littéraire des collégiens

Présentation des cinq œuvres en lice pour l’édition 2022.

Alexandre Gontier | Le Délit

C’est le mardi 9 novembre qu’ont été dévoilées les œuvres en lice du Prix littéraire des collégiens 2022. Chaque année, les cinq romans sélectionnés sont lus par les étudiant·e·s des dizaines de cégeps participants, qui sont invité·e·s à discuter de ces œuvres et à choisir en avril un roman à défendre aux délibérations finales.

L’édition de cette année se démarque par la modification du processus de sélection : ce sont maintenant les enseignant·e·s de littérature participant au prix qui ont proposé les romans, et le jury a fait la sélection des cinq œuvres en lice parmi les dix romans soumis le plus fréquemment. Ce processus, par lequel les professeur·e·s peuvent favoriser des œuvres que leurs étudiant·e·s apprécieront, sera d’ailleurs maintenu à l’avenir.

MILLE SECRETS MILLE DANGERS

par Alain Farah

aux éditions Le Quartanier

Un roman se déroulant en une seule journée, celle du mariage d’Alain, alter-ego de l’auteur du même nom (et professeur à l’Université McGill). Cette « journée parfaite » devient le lieu de plusieurs mésaventures, de grandes réflexions et le point de culmination de toute une vie. Drame et comédie sont indissociables dans ce récit où l’auteur exécute une réinvention personnelle des possibilités du roman en présentant dans le désordre les morceaux d’un grand casse-tête où tout est un indice pointant ailleurs.

« En une journée, on arrive à couvrir la grande et la petite histoire »

Le jury du Prix littéraire des collégiens

Le jury dit avoir choisi ce roman pour son souffle, sa langue « d’une maîtrise irréprochable », sa « célébration de la vie », ainsi que sa structure narrative « vraiment particulière et géniale » .

Alain Farah a affirmé être joyeux et fier de voir son roman parmi les finalistes d’un prix qu’il suit depuis longtemps. Il a remercié les enseignant·e·s et le comité de sélection, soulignant au passage son impatience de rencontrer ses co-finalistes et de lire leurs textes ainsi que d’échanger avec les étudiant·e·s.

MUKBANG

par Fanie Demeule

aux éditions Tête Première

La protagoniste de ce roman se découvre une passion pour les mukbangs, des spectacles numériques de consommation massive de nourriture. L’autrice fait le portrait d’une société où Internet prend une place envahissante et mystique en élaborant une trame narrative captivante et remplie de surprises dont les amateur·rice·s de références culturelles sortiront bien repu·e·s. Une lecture unique s’illustrant par la présence de codes QR qui, d’une page à l’autre, permettent au lectorat de se perdre lui aussi dans l’univers du web. Ce livre offre plusieurs approches à sa lecture, où le téléphone cellulaire s’impose comme signet.

« Un livre percutant et décoiffant qui met exactement en pratique ce qu’il raconte »

Le jury du Prix littéraire des collégiens

Le jury a signalé son appréciation pour cette œuvre où « le corps est un moteur d’écriture incroyable » et observe une « réflexion incarnée » exécutant une « radioscopie impitoyable de nos réseaux sociaux ».

Affirmant ne pas pouvoir être plus ravie et touchée, l’autrice Fanie Demeule a remercié rapidement le jury et a félicité les autres finalistes.

LÀ OÙ JE ME TERRE

par Caroline Dawson

aux éditions Remue-Ménage

Les parents de Caroline, 7 ans, lui annoncent qu’il faut tout laisser derrière et fuir le Chili pour commencer une nouvelle vie à Montréal. Déchirée par l’exil, son passé abandonné et son désir de s’intégrer, la petite Caroline camoufle sa furieuse envie de vivre pour devenir une immigrante modèle. Ce livre soulève la question de l’effacement de l’identité : est-il possible d’embrasser une culture sans renier ses origines ? L’exil veut-il nécessairement dire qu’une vie se termine et qu’une autre commence ? Existe-t-il un équilibre où l’on peut être accepté·e dans sa nouvelle vie sans du moins trahir la précédente ? La narration riche de Dawson permet à la fois de mettre le lectorat dans les souliers d’une jeune immigrante, mais aussi de partager les regrets qui surgissent de cette rétrospective.

« Penser que Là où je me terre va faire partie [du] territoire intellectuel et affectif [des collégien·ne·s] me procure une grande joie »

Caroline Dawson

Le jury admire la « manière hyperréaliste » avec laquelle ce roman aborde « un pan moins connu de l’histoire de l’immigration au Québec », ainsi que « son inscription dans la tradition du témoignage littéraire à caractère social ». Ils soulignent que ce livre permet au lectorat de découvrir l’autre, de le comprendre et pour certains d’enfin parvenir à se reconnaître dans un livre.

L’autrice Caroline Dawson explique que le Prix littéraire des collégiens est bien le prix pour lequel elle pourrait être le plus heureuse d’être finaliste, puisqu’elle enseigne la sociologie au collégial depuis 15 ans.

TOUT EST ORI

par Paul Serge Forest

aux éditions VLB Éditeur

La famille Lelarge contrôle le marché des fruits de mer sur la Côte-Nord quand survient, sur la plage de Baie-Trinité, un visiteur suspect, envoyé par un mystérieux conglomérat japonais. C’est alors que débute une enquête sur l’étranger, qui exerce toutes sortes de fascinations sur cette famille destinée à être marquée par la suite de renversements et des réflexions à venir. Dans l’univers côtier complexe que ce roman construit, tous·tes, dans la mosaïque de personnages, ignorent que sera bientôt introduite une invention qui promet de chan­ger le cours de l’histoire… Un roman aussi succulent que les fruits de mer qui viennent orner sa trame.

« Tout étonne et tout déroute dans [cette] saga familiale [de] la Côte-Nord »

Le jury du Prix littéraire des collégiens

Le jury relève la présence de l’alchimie et même d’une forme de magie « qui donnent à l’histoire des contours métaphysiques ». Avec sa langue truculente, cette œuvre forme un ensemble singulier et irrésistible.

L’auteur Paul Serge Forest est lui aussi honoré de la sélection et songe aux longs moments où « les cégépien·ne·s ont été privé·e·s de l’expérience collégiale », après lesquels l’esprit communautaire du prix mérite une célébration. Il remercie le jury de sélection et les participant·e·s, avec qui il est excité de pouvoir interagir.

VALIDE

par Chris Bergeron

aux éditions XYZ

Cette œuvre est un roman à la fois dystopique et autobiographique fictionnalisant l’histoire de l’autrice trans. Dans un futur où une intelligence artificielle dictatoriale conformiste contrôle le monde, Christian/Christelle entre en dialogue avec cette entité afin d’aller au bout de sa transformation en déjouant les algorithmes qui ont pour objectif de documenter sa vie. D’abord une histoire personnelle, puis un récit prophétique, Valide brise les codes en confrontant à la fois ceux du genre et ceux du système central conformiste.

« Être lue, être entendue, être comprise, c’est déjà un prix en soi »

Chris Bergeron

Le jury explique avoir choisi cette première oeuvre car elle « fait éclater toutes les cases, toutes les catégories, toutes les limites entre les genres littéraires, sexués et identitaires », ainsi que pour son « intelligence, son inventivité, son audace et son courage » alors qu’elle aborde « des sujets brûlants d’actualité en appelant à s’ouvrir à l’autre ».

Selon Chris Bergeron, les genres littéraires ne sont que des « cases artificielles », et elle est heureuse de constater que la proximité de son roman avec la science-fiction n’a pas empêché de mettre en lumière ses qualités littéraires. L’autrice est particulièrement touchée que des centaines de jeunes puissent passer quelques heures dans la tête d’une personne trans, ce qui « remplit [son] cœur d’espoir ».


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