Obsessions, coexistence et séparation

Trois coproductions de l’ONF sont présélectionnées aux Oscars. 

ONF et Beryl Productions International

Le 21 décembre dernier, l’Académie des arts et des sciences du cinéma dévoilait les quinze œuvres présélectionnées aux Oscars dans la catégorie du meilleur court métrage d’animation. Parmi celles-ci se trouvent trois coproductions de l’Office national du film (ONF) : L’art dans le sang de Joanna Quinn et Les Mills, Mauvaises herbes de Claude Cloutier et Comme un fleuve de Sandra Desmazières. La liste finale des courts métrages d’animation sélectionnés aux Oscars sera dévoilée le 8 février prochain. 

L’obsession dans le sang

L’art dans le sang est la quatrième œuvre d’animation coproduite par Joanna Quinn et Les Mills mettant en vedette le personnage de Beryl. Cette dernière a maintenant 59 ans, rêve de devenir une artiste hyperfuturiste — la signification du terme sera expliquée par la narratrice à la toute fin du court métrage — et nous transporte dans sa jeunesse afin de démontrer que sa soif pour le dessin s’inscrit dans une tendance familiale plus générale, celle de construire sa vie autour d’une obsession envers un thème ou un objet particulier. Le court métrage de Quinn et Mills a été présenté dans plus de 65 festivals et a reçu une vingtaine de prix, dont celui du meilleur film d’animation au Festival international de Clermont-Ferrand en janvier 2021. 

Le ton grinçant, voire satirique du court métrage souligne judicieusement l’excentricité de Beryl et des membres de sa famille tout en permettant d’apporter au premier plan de l’histoire une réflexion sur la mort et sur les cadavres. En effet, bien que l’obsession maladive de Beverly, la sœur de Beryl, pour la taxidermie et la cryogénisation soit explorée à travers une animation visuelle axée sur l’aspect graphique de la mort, les descriptions humoristiques de l’étrangeté des comportements de Beverly et de son obsession pour les chirurgies esthétiques à l’âge adulte permettent au court métrage d’offrir un portrait assez complexe et nuancé de la relation entre la mort, la vie et les corps. 

« Le ton grinçant, voire satirique du court métrage souligne judicieusement l’excentricité de Beryl et des membres de sa famille »

La version anglaise de L’art dans le sang est disponible ici.

La date de sortie de la version française, entièrement doublée au Québec, sera annoncée par l’ONF prochainement.

Fable du vivre-ensemble

Mauvaises herbes est le septième court métrage du bédéiste et réalisateur Claude Cloutier. Cloutier explique que ce court métrage sans parole est une « fable sur la rivalité qui dépasse la survie pour devenir une question d’orgueil ». On y retrouve deux plantes carnivores capables de se métamorphoser sans arrêt et compétitionnant l’une contre l’autre pour des mouches dans une rivalité croissante et malsaine. En plus de faire partie de la sélection officielle de 27 festivals et d’avoir reçu cinq autres prix, le court métrage de Claude Cloutier a reçu le prix du meilleur court métrage animé au New York City Short Film Festival en 2021. 

La musique de Robert Marcel Lepage et la conception sonore d’Olivier Calvert rythment avec une grande fluidité les six minutes du court métrage, qui parvient à nous présenter une réflexion originale sur la coexistence tout en offrant une mise en garde contre l’autodestruction humaine. Une scène dans laquelle les deux plantes carnivores, d’abord devenues Hitler et Staline, enchaînent de nouvelles métamorphoses humaines effrénées sur un tempo rapide est l’un des moments forts du court métrage qui souligne notamment l’absurdité du nombre immense de rivalités politiques.

« La musique de Robert Marcel Lepage et la conception sonore d’Olivier Calvert rythment avec une grande fluidité les six minutes du court métrage. »

Mauvaises herbes est disponible ici.

Saïgon-Montréal, 1975–1995

Comme un fleuve est né du désir de la réalisatrice Sandra Desmazières de mettre en récit le Vietnam des années 1970, lieu de rencontre de son père français et de sa mère vietnamienne durant la guerre du Vietnam. Le court métrage suit l’histoire de deux sœurs, Thao et Sao Maï, après la chute de Saïgon : Thao fuit le pays avec son oncle tandis que Sao Maï demeure avec leurs parents au Vietnam, marquant ainsi le début d’une séparation entre les deux sœurs qui durera vingt ans. Le court métrage de Sandra Desmazières a fait partie de la sélection officielle d’une quarantaine de festivals en plus de se mériter sept prix, dont celui du meilleur film d’animation au LA Shorts International Film Festival en 2021.

Les jeux de lumières variés et judicieusement pensés tout au long du court métrage enrichissent l’ambiance tantôt grave, tantôt douce du court métrage en atténuant les teintes de couleurs utilisées de manière à créer un arrière-plan concordant avec le caractère serein et réservé des personnages. Le choix de ne pas inclure de paroles dans la scène finale des retrouvailles entre Thao et Sao Maï et d’exprimer leur joie de se retrouver à travers la simplicité de dormir l’une à côté de l’autre clôt magnifiquement Comme un fleuve.

« Les jeux de lumières variés et judicieusement pensés tout au long du court métrage enrichissent l’ambiance tantôt grave, tantôt douce du court métrage.

Comme un fleuve est disponible ici.

Ces courts métrages peuvent être visionnés gratuitement en ligne aux liens présentés dans cet article jusqu’au 7 février et seront par la suite éventuellement disponibles sur le site de l’ONF.


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