Multiples luttes, même combat

Photoreportage sur la manifestation pour la justice climatique et sociale. 

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

Le vendredi 19 mars avait lieu à Montréal une manifestation pour la justice sociale et climatique. L’événement était organisé par plusieurs groupes militants et communautaires, notamment la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES), Solidarité sans frontières, Extinction Rébellion et le Collectif Mashk Assi. Les groupes s’étant associés à l’organisation de l’événement ont insisté sur le caractère intersectionnel de la lutte aux changements climatiques et sur le fait que celle-ci devait être une convergence des luttes antiraciste et anticoloniale. 

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

Presque exactement deux ans plus tôt, des milliers de personnes s’étaient rassemblées dans les rues de Montréal pour participer à la Grève mondiale pour le climat. Le 27 septembre de la même année avait eu lieu la plus grande manifestation jamais vue au pays, de nouveau pour le climat. Depuis, les organismes responsables de l’événement dénoncent unanimement l’inaction des gouvernements canadien et québécois.

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

La foule s’est rassemblée vers 15h30 au monument à George-Étienne Cartier dans le respect des mesures sanitaires telles que le port du masque et la distanciation sociale entre personnes de différentes bulles.

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

« Des millions de personnes à travers le monde ont été déplacées en raison des effets du réchauffement climatique, et ce nombre va continuer de croître, ont rappelé les intervenants »

Des discours ont été prononcés par des membres du Collectif Mashk Assi, un organisme rassemblant des personnes autochtones de diverses nations autour de la cause de l’autodétermination et de la souveraineté sur les territoires non-cédés, ainsi que par un délégué de Solidarité sans frontières, un réseau impliqué dans la défense des droits des personnes migrantes. Parmi les revendications formulées figurait la régularisation par les États canadien et québécois du statut des personnes immigrantes et réfugiées afin qu’elles puissent bénéficier des mêmes droits et services que le reste de la population. Des millions de personnes à travers le monde ont été déplacées en raison des effets du réchauffement climatique, et ce nombre va continuer de croître, ont rappelé les intervenants.

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

Jeannette Pilot, du Collectif Mashk Assi, s’est adressée à la foule dans un discours qui soulignait le rôle joué par le colonialisme dans le réchauffement climatique. « Nous recherchons une union pour protéger la Terre-Mère. Nous aimerions qu’on soit unis pour pouvoir élever nos enfants dans la bonne direction, pour les prochaines générations. » 

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

« Nous savons tous que le [racisme] systémique est fort ; le gouvernement ne veut pas reconnaitre que nous le subissons dans tous les domaines : la santé, le gouvernement, partout ! Rappelons-nous des femmes autochtones qui ont été tuées ou disparues [au nombre de] plus de 5000. Notre sœur Joyce Echaquan qui a vécu à Joliette en est morte de manière tragique. Pour s’unir, pour travailler ensemble, pour élever nos enfants dans la bonne direction, ça prend la volonté de chacun de nous. » 

« L’humain est malade. Il doit se reprendre en main. Il doit se guérir »

Jeannette Pilot

Un moment de silence a été observé pour rendre hommage à la mémoire des femmes autochtones disparues et des victimes de violences raciales. « L’humain est malade. Il doit se reprendre en main. Il doit se guérir », a‑t-elle conclu.

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

Mike Paul, un musicien innu, lui aussi du Collectif, a poursuivi en ajoutant : « Pour soutenir la lutte sur la justice climatique, c’est important d’avoir un virage vert pour demain, pour l’avenir. C’est toute la vie qui est en péril. Notre rôle premier dans notre collectif, en tant que premier peuple, c’est de protéger tout ce qui est vivant. Tous les êtres vivants sont sacrés, ils sont même plus importants que nous. »

« Pour soutenir la lutte sur la justice climatique, c’est important d’avoir un virage vert pour demain, pour l’avenir »

Mike Paul

Il a également dénoncé que les entités de gouvernance imposées par le gouvernement fédéral, notamment les conseils de bande, consentent à des projets d’exploitation minière. Selon lui, ces actions seraient incompatibles avec les valeurs autochtones ancestrales de respect de la nature, et ne représenteraient donc pas l’intérêt des communautés.

Félix-Antoine Vincent | Le Délit

Selon le co-porte-parole de la CEVES Albert Lalonde, malgré qu’il soit courant de les concevoir comme séparés, le colonialisme, le racisme et l’extractivisme sont des systèmes d’oppression intrinsèquement interdépendants. Il serait donc impossible de s’attaquer à l’un sans s’attaquer aux autres. La lutte aux changements climatiques étant déjà au cœur des préoccupations de plusieurs, il serait selon lui avantageux de faire de ces autres enjeux une partie intégrante de la discussion publique sur le réchauffement climatique.

Vincent Copti | Le Délit

« Si on lutte ensemble, on va réussir à s’en sortir »

Manon Massé

L’événement a également attiré les militants de Québec Solidaire, dont Manon Massé, co-porte-parole du parti. « Si on veut renverser la machine, il va falloir être nombreux, nombreuses. Dans ce sens-là, moi, de s’unir devant l’oppresseur, ben je pense que c’est une maudite bonne idée ! », a‑t-elle commenté au sujet de la pluralité des mouvances se rejoignant pour lutter contre les changements climatiques. En constatant la diversité de la foule qui s’était déplacée pour la manifestation, elle s’est montrée optimiste : « Si on lutte ensemble, on va réussir à s’en sortir. » 


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