L’AÉUM veut augmenter la cotisation obligatoire pour payer les membres du conseil législatif

Les étudiants statueront sur cette mesure lors de la période référendaire hivernale

Mahaut Engérant | Le Délit

Après plusieurs mois de gestation, les membres du conseil législatif de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) ont approuvé la forme d’une question référendaire qui sera soumise au vote étudiant le 16 mars prochain. Si adoptée, cette mesure aurait pour effet de modifier le statut des membres du conseil législatif, qui passeraient de bénévoles à employé·e·s payé·e·s de l’AÉUM. Des intitulés d’emploi ont été rédigés pour les conseiller·ère·s et les sénateur·rice·s, définissant leurs responsabilités et leurs devoirs. 

→ Voir aussi : L’AÉUM veut doubler son nombre d’employé·e·s d’ici cinq ans

Dorénavant, les conseiller·ère·s seraient rémunéré·e·s pour leur participation aux séances du conseil législatif, qui ont lieu toutes les deux semaines. Ces rencontres ont la réputation d’être très longues – à titre d’exemple, la séance où a été adoptée cette motion a duré près de sept heures. Par ailleurs, il·elle·s seraient aussi compensé·e·s pour les heures dédiées à la préparation et à la planification de ces séances. Les conseiller·ère·s auraient la responsabilité de déclarer de bonne foi les heures travaillées chaque semaine pour le compte de l’AÉUM.

Au total, les frais payés par les étudiant·e·s augmenteraient de 1,20$ par session, ce qui devrait permettre non seulement de payer tous·tes les membres du conseil, mais aussi de financer les ressources humaines nécessaires à la gestion de dizaines d’employé·e·s supplémentaires. Actuellement, en dehors des facultés de médecine, de droit et de dentisterie, chaque étudiant·e paie déjà 59,89$ pour soutenir la logistique de l’AÉUM, en plus d’un grand nombre de plus petits frais servant à financer des services ou des programmes plus spécifiques. 

La conseillère Adrienne Tessier, sénatrice de la Faculté de droit, a déclaré être fortement en faveur de la motion, estimant que plusieurs étudiant·e·s n’avaient pas accès aux postes de politique étudiante par manque de temps et d’argent. « Personnellement, j’ai deux emplois en plus de mes responsabilités au conseil parce que je dois payer mes études, et je crois que c’est aussi le cas pour plusieurs étudiant·e·s à McGill. » Plusieurs conseiller·ère·s ont affirmé être dans la même situation. La sénatrice de la Faculté de musique, Addy Parsons, a pour sa part confié qu’elle avait trois emplois jusqu’au début de la pandémie, tout en plaidant pour une rémunération méritée du travail des conseiller·ère·s. « Plusieurs améliorations importantes pour les étudiant·e·s, notamment l’instauration d’une semaine de relâche à l’automne et l’option de prendre ses cours en pass or fail, [satisfaisant/insatisfaisant, ou S/U] n’auraient jamais pu avoir lieu sans les heures innombrables que des conseiller·ère·s et des sénateur·rice·s non payé·e·s ont dédiées à ces projets. »

« Je pense qu’il y a plusieurs membres de l’AÉUM qui postuleraient avec joie à des rôles plus importants, si seulement c’était financièrement faisable pour eux »

Jake Reed, représentant de la Faculté de génie

Réticences

Certain·e·s conseiller·ère·s ont en revanche montré leur hésitation à utiliser l’argent des étudiant·e·s pour payer sans distinction tous·tes les membres du conseil. « C’est extrêmement préoccupant de voir que certain·e·s de mes collègues aient à soutenir trois emplois différents pour passer à travers l’université, et je crois qu’il·elle·s mériteraient de l’aide. Mais je crois aussi que ce n’est pas le cas de beaucoup d’entre nous qui venons de familles fortunées et qui n’avons pas besoin de cet argent, et je ne sais pas si ce serait le meilleur usage de l’argent des étudiant·e·s,» a affirmé Paige Collins, représentante de la Faculté des arts.

→ Voir aussi : McGill deluxe : comment l’AÉUM limite l’accès à l’éducation

Par ailleurs, d’autres ont aussi relevé que le projet actuel ne prenait pas en compte les disparités entre les grosses et les petites facultés. En effet, il reviendrait à chaque association étudiante facultaire de rémunérer ou non le travail effectué par ses représentant·e·s en dehors du cadre de l’AÉUM, par exemple pour travailler avec les associations facultaires. Or, pour les plus petites d’entre elles, il serait impossible d’offrir une telle compensation sans augmenter significativement les cotisations de leurs membres.


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