Des records fracassants pour Damso

Le nouvel album QALF du rappeur belgo-congolais le hisse de nouveau au sommet des palmarès.

Margaux Brière de la Chenelière | Le Délit

Mise en garde : cet article contient des divulgâcheries concernant l’album QALF de Damso.

Le 18 septembre dernier sortait l’album QALF du rappeur belgo-congolais Damso. Première parution depuis son album Lithopédion il y a deux ans, ce projet a pour titre l’acronyme de l’expression « Qui Aime Like Follow », une phrase reprise dans plusieurs morceaux de l’artiste. 

À travers les 45 minutes et cinq secondes de l’album, on peut être surpris d’entendre d’autres voix que celle de Damso. Par le passé, le rappeur ne faisait que très rarement des featurings, soit un avec Youri Botterman sur « I. Peur d’être père » (Ipséité)  et un avec Angèle sur « Silence » (Lithopédion). Cette fois-ci, Damso partage à trois reprises ses chansons avec le rappeur belgo-marocain Hamza (« BXL ZOO »), la chanteuse belgo-congolaise Lous and the Yakuza (« COEUR EN MIETTE ») et le chanteur congolais Fally Ipupa (« FAIS ÇA BIEN »). 

Réception exceptionnelle

Si le rap a longtemps été considéré comme un genre mineur et secondaire, nous sommes aujourd’hui obligé·e·s de reconnaître qu’il est sorti de l’ombre. En 2019, le rappeur américain Post Malone a été l’artiste ayant cumulé le plus d’écoute en continu sur spotify, tandis que le rappeur torontois Drake a été sacré artiste le plus écouté de la décennie par la même plateforme. 

Cet engouement pour le rap est d’autant plus remarquable en France où, toujours en 2019, les dix artistes les plus écoutés du pays étaient tous des rappeurs. Sur cette liste, Damso s’est glissé au 8e rang sans même sortir d’album cette année-là. L’impressionnante popularité de QALF laisse présager une montée fulgurante de son créateur dans ces listes d’écoute en continu : dans les 24 heures qui ont suivi la sortie du projet, ce dernier a généré plus de 11 millions d’écoutes.

Une première écoute décevante

Malgré ces chiffres époustouflants, je dois admettre que la première écoute de l’album est difficile. Connaissant Damso, on pourrait s’attendre à un style « sale » et « nwaar ». Toutefois, on avait pu entendre dans Ipséité et encore plus dans Lithopédion un adoucissement des propos. Pour en être convaincu, il suffit d’écouter une à la suite de l’autre les chansons « William » (Lithopédion) et « Débrouillard » (Batterie faible). Malgré ce changement progressif, la dichotomie entre le Damso intime qui se confie sur sa peur d’être père et le Damso explosif qui raconte en langage cru son quotidien de baisé n’a jamais été aussi présente que dans QALF.

Comment un album peut-il avoir comme incipit « gros c’est la violence, pas trop de clémence » et comme préconclusion « j’me ramollis, […] j’crois qu’un gangster est tombé love » ? Certes, ce jeu de palier entre l’homme et le personnage est chose coutumière dans le rap. Eminem en a d’ailleurs fait sa marque de commerce en opposant Marshall Mathers (The Marshall Mathers LP, 2000) et son alter ego débauché Slim Shady (The Slim Shady LP, 1999). Le problème n’est pas là, mais plutôt dans la manière de mettre en scène cette dualité.

Dans QALF s’interchangent incessamment Damso, le rappeur, et William Kalubi Mwanba, l’homme, laissant l’auditeur ou l’auditrice pris·e dans ce déchirement sans jamais savoir qui prendra le micro pour la prochaine chanson. Ceux et celles qui aiment Damso seront déçu·e·s par une moitié de l’album et ceux et celles qui aiment William par l’autre. 

Un album mature

La deuxième écoute, elle, est plutôt rassurante. On arrive à dénicher à travers l’album les punchlines caractéristiques de Damso qui sont si frappantes de vérité qu’elles en deviennent douloureuses. Par exemple, dans la chanson « LIFE LIFE », le rappeur questionne : « J’sais pas pourquoi t’as peur de vieillir / La mort c’est bien, vu que personne n’en revient / Pourquoi tu cherches à trop t’embellir ? / C’est quand t’es moche que tout l’monde te veut du bien ». Comme à son habitude, Damso parvient à exprimer des impressions complexes de manière imagée et tout à fait inattendue, en faisant se croiser au coin d’une rime le paradoxe de la beauté qui attire l’envie, la jalousie et la mort dans ce qu’elle peut avoir de beau et de rassurant. 

En portant une oreille attentive, on parvient même à mieux comprendre le déchirement entre Damso et William. Dans « DEUX TOILES DE MER », on peut entendre son fils lui laisser un message sur sa boîte vocale. Ce coup de téléphone vient couper en deux la chanson, comme si l’artiste prenait ses messages entre deux enregistrements studio. Cet interlude vient expliquer les aléas qu’on remarque lors de la première écoute : les allées et venues entre William et Damso ne sont que les reflets des tergiversations qu’éprouve le rappeur. Incapable de trancher entre les deux, il nous fait marcher le long de son hésitation, basculant d’un côté à l’autre de chanson en chanson.

Un succès mitigé pour plusieurs

Malgré les chiffres sans précédent qu’a rapidement généré la sortie de QALF, plusieurs internautes ont manifesté leur mécontentement vis-à-vis cet album. Certain·e·s se disent déçu·e·s d’avoir attendu si longtemps, soit cinq ans au total (une éternité pour un milieu au rythme aussi effréné que celui du hip-hop), pour un projet qui ne semble pas être à la hauteur de leur patience. 

Avec les quelques références à la COVID-19 qui font comprendre que les textes ont été écrits, sinon retouchés, tout récemment et avec l’épilogue dans lequel on peut entendre Damso se réveiller du coma dans lequel il était tombé dans la chanson « Ξ. Une âme pour deux » à la toute fin d’Ipséité, plusieurs ont cru à un double album. Damso a toutefois démenti la nouvelle le samedi 26 septembre en disant à ceux et celles qui tentaient des théories pour la suite des choses : « Entrez dans le train et on y va. Posez pas de question, on y va. »

Si les théories se confirment et s’infirment au fil des semaines, une vérité semble rester inébranlable : Damso n’en a pas fini avec le rap. Maintenant que QALF est finalement sorti, il ne reste qu’une chose à faire. Lui faire confiance et attendre.