Jusqu’à quand ?

Mahaut Engérant | Le Délit

Lors du processus qui a mené à la réécriture de la constitution de l’AÉUM, à l’automne et au printemps dernier, les membres élus de l’association avaient décidé de rendre officielle la version française de la constitution et de lui donner primauté sur la version anglaise. Ces mesures allaient au-delà des attentes de la plupart des observateurs et observatrices francophones, sceptiques quant à la volonté de l’AÉUM de déployer les moyens de traduction nécessaires pour produire une traduction valide de la constitution. Évidemment, la suite a confirmé leur crainte : dans les mois qui ont suivi, personne à l’AÉUM n’a pris la responsabilité de traduire ou de faire traduire la constitution, de telle sorte qu’elle a été votée et adoptée uniquement en anglais. À ce jour, la version française demeure dissimulée aux yeux du public.

L’association étudiante existe pour représenter les intérêts des étudiant·e·s auprès de l’Université ; ironiquement, pourtant, c’est elle qui pose le plus de problèmes pour les étudiant·e·s francophones. L’Université et son administration font leur part, même si l’institution est officiellement anglophone :  ils sont en mesure, par exemple, de recevoir plusieurs services de l’Université, de remettre leurs travaux et de consulter la plupart des documents officiels en français. Bien que la situation soit loin d’être parfaite, l’Université a démontré à plusieurs reprises un certain souci pour cette minorité linguistique.

Malheureusement, le portrait est tout autre à l’AÉUM, une association étudiante qui pourtant se targue, à qui veut bien l’entendre, d’être bilingue et inclusive. La quasi-totalité des règlements et des documents publics sont disponibles uniquement en anglais, et ceux traduits le sont la plupart du temps de manière terriblement aliénante pour les francophones, comme le dirait un certain Gaston Miron. Lors des conseils législatifs, le français n’est jamais entendu plus de quelques secondes ; il est coutume pour le·a président·e de bredouiller une ou deux phrases apprises à l’avance, pour ouvrir ou pour clore un débat. Cette situation est d’autant plus désolante que chaque année, les différent·e·s élu·e·s font mine de s’engager, à tour de rôle, à mettre fin à ce bilinguisme de façade. 

La crise constitutionnelle de cet été n’est donc pas le fruit du hasard, mais bel et bien la marque de l’attitude générale de l’AÉUM par rapport aux droits des francophones : les promesses et les engagements sont distribués allègrement année après année et mis aux oubliettes dès que leur exécution demande la moindre dépense — et surtout le moindre effort — de la part des exécutant·e·s. Même lorsque les exécutant·e·s et le conseil législatif décident de s’engager, il·elle·s sont bloqué·e·s par l’indifférence et l’incompréhension totales de l’électorat de l’AÉUM. Plus tôt cette année, l’ambitieux plan de francisation, qui aurait doté l’AÉUM de bien meilleures ressources de traduction et qui aurait coûté aux étudiant·e·s pas plus de trois dollars par session, a été la seule mesure rejetée par les étudiant·e·s au référendum.

Cette année, l’engagement prononcé du nouveau président Jemark Earle envers la communauté francophone donne envie de croire en la bonne foi des exécutant·e·s de l’AÉUM. Son idée d’exiger que les motions et leurs propositions soient traduites avant même d’être soumises au débat représente une main tendue envers la communauté francophone et permettrait peut-être à ce que celle-ci se sente représentée par son association étudiante. Évidemment, tout cela dépend de la communauté étudiante de McGill : l’AÉUM n’est, après tout, que le reflet des opinions des étudiant·e·s qu’elle représente.

Cela ne fait plus aucun doute : si les francophones ne veillent pas, l’AÉUM ne se souciera pas de respecter leurs droits. Mais jusqu’à quand devrons-nous veiller ? Jusqu’à quand devrons-nous réclamer haut et fort ce à quoi nous avons droit ? Jusqu’à quand les francophones lutteront-ils en vain ?

Nous attendons.