Crise politique en Haïti – Le Délit
Crise politique en Haïti
Par · 1 octobre 2019
Les manifestations abondent en Haiti pout demander la démission du président Moïse.
Image par Rafael Miró | Le Délit

Les manifestations populaires ne cessent de croître en nombre et en violence dans les villes haïtiennes. Le vendredi 27 septembre dernier, les rues de Port-au-Prince tremblaient des affrontements entre manifestants mettant à mal commerces et bureaux du gouvernement et policiers répliquant à coups de gaz lacrymogène. Les manifestants réclament depuis près d’un an la démission du président en place, Jovenel Moïse, accusé d’avoir participé à la dilapidation des fonds de PetroCaribe.

À l’origine d’une corruption

PetroCaribe est une alliance économique entre 18 pays avec, à sa tête, le Venezuela. Elle est censée aider les pays des Caraïbes à s’affranchir du marché pétrolier occidental tout en permettant aux États participants d’accumuler un fonds pour réinvestir dans des projets de développement. Dans le cas d’Haïti, c’est environ 3,8 milliards de dollars américains que l’État aurait amassé entre 2006 et 2019. Toutefois, le peuple haïtien n’a jamais reçu d’améliorations conséquentes en termes d’infrastructures, d’emplois ou de développement économique et social.

Dans la foulée des plaintes et accusations de fraude de l’Affaire PetroCaribe, on retrouve les noms de quatre présidents, dont Moïse, présentement en place, et nombre de premiers ministres et ministres des derniers gouvernements. Le 14 août 2018, l’activiste Gilbert Mirambeau Junior lançait un slogan via une photo sur Twitter qui a enflammé par la suite tout un mouvement social : Kot kòb petwo karibe a???  (« Où est passé l’argent de PetroCaribe??? »)

Ascension du mouvement

Depuis les premières grandes manifestations du mouvement PetroCaribe Challenge à l’automne 2018, les tensions entre le peuple et la présidence ne cessent d’escalader. Les émeutes sont fréquentes et atteignent parfois des niveaux élevés d’intensité, comme ce fut le cas au début du mois de février 2019. Ces altercations rassemblant des milliers de personnes font occasionnellement des morts et les incendies de voitures, les saccages de magasins et les jets de pierres contre les autorités y sont monnaie courante.

Jovenel Moïse,  président élu le 20 novembre 2016 et entré en fonction le 7 février 2017, refuse de donner sa démission malgré les pressions incessantes du peuple et de l’opposition. Ce novice de la politique était, avant sa course à la présidence, à la tête d’une entreprise agricole nommée Agritrans. Cette dernière est soupçonnée de corruption pour divers contrats louches ainsi que pour un prêt gouvernemental de 6 millions de dollars américains en 2015.

À l’heure actuelle, il n’y a pas de gouvernement en place au pays, malgré le fait que la nomination du premier ministre date du 22 juillet. Le 23 septembre dernier, une manifestation est venue interrompre la ratification de la politique générale du gouvernement au Sénat. Le sénateur Jean-Marie Ralph Fethière, plaidant la légitime défense, a alors tiré en l’air avec une arme de poing pour disperser les manifestants et a légèrement blessé un photojournaliste de l’Associated Press. La ratification a donc été repoussée à une date indéterminée. Sans cette étape cruciale, le premier ministre Fritz-William Michel, le cinquième depuis le début du mandat de Moïse, ne peut former son gouvernement.

Lors de l’émeute du 27 septembre, des partisans de l’opposition auraient volé des gilets pare-balles en Kevlar et des munitions dans un poste de police de Port-au-Prince. L’intensité des récentes manifestations laisse croire que la crise est loin d’être résolue, dans un pays qui possède un taux d’inflation dépassant les 17% et dont environ 2,5 millions de citoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté.

 
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