Fournier quitte le navire – Le Délit
Fournier quitte le navire
Par et · 19 mars 2019
La parti québécois perd une de ses députés les plus en vue.
Image par Béatrice Malleret | Le Délit

Lundi dernier, la députée provinciale de la circonscription de Marie-Victorin, Catherine Fournier, a annoncé qu’elle quittait le clan péquiste afin de désormais siéger comme députée indépendante, réduisant à neuf le nombre de députés péquistes à l’Assemblée nationale.

Décriée par certains, applaudie par d’autres, cette décision a certainement créé une onde de choc dans les rangs indépendantistes : Catherine Fournier était populaire auprès des jeunes et très en vue au sein du Parti québécois, notamment parce qu’elle en était  la seule députée élue dans la région de Montréal depuis le 1er octobre. Ces facteurs faisaient d’elle, pour certains, une actrice phare du renouveau péquiste et, par conséquent, du renouveau souverainiste. En outre, elle remplissait entre autres les rôles clés de porte-parole sur l’économie, sur l’immigration, sur la condition féminine et sur la réforme des institutions démocratiques.

Départ inattendu

Pour justifier son départ, la députée a évoqué la rigidité du parti et son incapacité à attirer de nouveaux électeurs, en particulier chez les jeunes. Elle a affirmé qu’elle croyait toujours aux idéaux péquistes, mais qu’elle ne se sentait plus capable de faire campagne pour le PQ, qui garde attachés à son image des dossiers comme ceux de la Charte des valeurs et d’Anticosti. Par ailleurs, la députée a fait son annonce quelques heures seulement après la diffusion de l’entrevue de Jean-François Lisée à Tout le monde en parle, dans laquelle celui-ci a exprimé le même constat : le PQ perdrait parce que les gens ne sont plus capables de croire en sa capacité à être populaire lors des élections.

Le chef intérimaire du parti, Pascal Bérubé, n’a pas tardé à exprimer sa surprise face à ce départ, critiquant aussitôt la légitimité du statut de Mme Fournier comme députée de Marie-Victorin. Selon M. Bérubé, Catherine Fournier n’aurait pas réussi à être élue si elle avait été candidate indépendante. Sur ce point, la députée Véronique Hivon opte pour une approche plus prudente, croyant qu’il en revient aux citoyens de la circonscription et à la députée elle-même de juger si elle peut rester. Véronique Hivon a par ailleurs précisé qu’elle partageait les mêmes constats que Mme Fournier, mais qu’il était possible, selon elle, de sauver le PQ. Une autre figure centrale du parti, Sylvain Gaudreault, a quant à lui évoqué une trahison « à la puissance 10 ».

Et maintenant?

Aucun journaliste ne s’est avancé pour prédire ce que Catherine Fournier fera d’ici les prochaines élections. Chose certaine, si elle veut réformer le mouvement souverainiste, la jeune politicienne s’est donné un défi de taille. Dans le ciel souverainiste, il existe déjà une myriade de groupes, de partis, de magazines et de think tanks souverainistes qui empêchent le mouvement dans son ensemble de communiquer son message de manière unifiée. Il serait surprenant que d’autres personnalités politiques choisissent de rompre les rangs pour suivre Catherine Fournier, ne serait-ce par désillusion par rapport à ce qui s’est déjà fait par le passé. Néanmoins, de nombreux commentateurs ont avancé que Jean-Martin Aussant, qui a également par le passé déserté le PQ pour fonder son propre mouvement, pourrait choisir une fois de plus de tenter de réformer le mouvement souverainiste.

Mme Fournier a d’abord affirmé qu’elle croyait qu’un nouveau parti politique souverainiste rendrait le problème de la division du vote encore plus grand, et a exclu de chercher à concurrencer le PQ. Toutefois, elle a plus tard laissé entendre en entrevue qu’elle pourrait tenter de créer un nouveau parti politique, ou du moins un mouvement politique. Elle a par ailleurs pris acte de l’ampleur du défi de réformer le mouvement souverainiste et reçu du soutien de personnalités de nombreux horizons politiques suite à son départ. Elle cherche également des appuis de la population en invitant les militants souverainistes à signer une pétition sur une plateforme qu’elle a lancée la semaine dernière.

 
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