L’université en campagne: PQ – Le Délit
L’université en campagne: PQ
Par · 18 septembre 2018
Catherine Fournier présente sa vision de l’éducation supérieure au Délit.
Image par Courtoisie du Parti Québécois

Le Parti québécois a-t-il une vision à long terme? «C’est clair, et c’est ça que les gens demandent!», s’exclame d’entrée de jeu Catherine Fournier, porte-parole en matière de condition féminine au Parti québécois (PQ) et candidate de Marie-Victorin. La péquiste se montre critique vis-à-vis des années au pouvoir du Parti libéral du Québec (PLQ) depuis 2000, qu’elle accuse d’avoir une «vision bancale à la petite semaine». Elle défend plutôt une vision de l’éducation supérieure «dans un plus grand ensemble» en mettant l’accent sur l’égalité des chances:

«C’est ce qui nous anime au quotidien: donner l’occasion à tout le monde au Québec, peu importe de quel milieu on provient, de réussir dans la vie, d’avoir accès à des études supérieures de qualité qui permettent par la suite d’occuper un bon emploi une fois sur le marché du travail. […] L’éducation devrait toujours être la priorité permanente de la nation. C’est l’avenir des jeunes, donc l’avenir de l’ensemble de la collectivité.»

C’est important qu’il puisse y avoir ces deux aspects, que ce ne soit pas une logique mercantile à l’université et que [celle-ci] ne perde pas ses valeurs citoyennes d’enseignement

Éducation de qualité 

Dans sa vision, la candidate dans Marie-Victorin défend l’importance d’une éducation supérieure de qualité. Mais qu’est-ce que la «qualité» pour le PQ? Questionnée à ce sujet, Catherine Fournier indique qu’elle comporte deux volets, comprenant d’une part les besoins de la main-d’œuvre et d’autre part la formation citoyenne:

«Pour nous, c’est important qu’il puisse y avoir ces deux aspects, que ça ne soit pas une logique mercantile à l’université et que [celle-ci] ne perde pas ses valeurs citoyennes d’enseignement. [Il importe] de faire en sorte que les jeunes qui passent à travers le processus d’enseignement supérieur puissent se nourrir aussi comme citoyens. La marchandisation de l’éducation, pour nous, c’est vraiment un problème. Quand on parle de qualité, il ne faut pas oublier de voir l’ensemble du portrait, pas seulement penser au côté très pratique du marché du travail.»

Accessibilité et société

En plus de la qualité, l’accessibilité aux études supérieures est un vrai sujet de société. Sur ce sujet, Catherine Fournier affirme que malgré ses «faibles coûts», l’éducation supérieure n’est pas encore accessible pour tous et toutes au Québec. Elle soutient qu’il est souvent pris pour acquis que les frais de scolarité seront assumés par les parents et que, dans les faits, ce n’est pas toujours le cas. Par ailleurs, Catherine Fournier estime important de parler de l’augmentation de l’endettement étudiant lorsque vient le temps d’aborder la question de l’accessibilité.

C’est ainsi que le PQ propose la gratuité scolaire. La candidate explique que la mesure s’appliquerait d’abord (dans un premier mandat) aux jeunes issu·e·s de milieux «défavorisés économiquement» dans le but d’encourager l’accès des étudiant·e·s de première génération. Toutefois, Catherine Fournier précise que le parti est «ouvert à étendre la gratuité à tous les étudiants dans un deuxième mandat». Par ailleurs, elle amène l’idée d’assouplir le calcul de l’Aide financière aux études. Elle cite en exemple la prise en compte des pensions alimentaires dans le calcul, mesure qui doit être abolie «pour permettre à beaucoup de mères monoparentales de poursuivre des études supérieures».

«On croit que ça doit être un projet de société, la gratuité scolaire. C’est sûr que cela représente des sommes importantes, mais en même temps c’est un investissement. Ça rapporte à la société par la suite. […] Le plus rapidement on va atteindre la gratuité scolaire entière à l’université, le plus heureux on sera!», résume Catherine Fournier.

Repenser le financement

Pour le PQ, la formule actuelle du financement des universités est inadéquate. En effet, Catherine Fournier critique le financement par «tête de pipe» (le financement basé sur l’effectif étudiant des universités, ndlr). Elle explique les problèmes causés par ce mode de financement de cette façon:

« [Les universités] sont dans une espèce de compétition. Ça les pousse à construire des campus satellites qui ne sont parfois pas tellement nécessaires, qui ne répondent pas à un besoin mais qui sont là seulement pour pouvoir augmenter leur clientèle étudiante et donc avoir davantage de financement. C’est clair qu’il faut revoir cela. Il faut aussi plus d’incitatifs pour qu’il y ait plus d’étudiants qui vont en région, par exemple en créant des programmes qui sont plus nichés […] pour avoir une dynamisation de notre territoire.»

En plus du financement des études, la candidate mentionne l’importance de financer la recherche universitaire, évoquant le plan «très ambitieux» de l’ancien ministre péquiste de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne (au sein du gouvernement minoritaire formé par le Parti québécois entre 2012 et 2014, ndlr). Elle exprime le souhait de voir le projet «[être remis] sur les rails une fois au gouvernement après le premier octobre».

Le plus rapidement on va atteindre la gratuité scolaire (…) à l’université, le plus heureux on sera !

Aucune relation prof-élève

En ce qui concerne l’épineuse question de la violence sexuelle sur les campus, Catherine Fournier estime que la loi 151 (Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur) est un «bon premier pas» puisqu’un tel projet était attendu par les groupes et dans les universités.  La candidate indique que le PQ se montre ouvert à étendre la loi à d’autres niveaux d’enseignement, par exemple à l’enseignement professionnel.

Catherine Fournier a siégé à la commission parlementaire du projet de loi 151 et elle a collaboré directement avec la ministre responsable de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Hélène David. La péquiste salue l’implication de ses collègues des autres formations politiques en expliquant que le projet a été bonifié de multiples façons:

«Par exemple, j’ai déposé des amendements qui font en sorte que le projet est maintenant appliqué aux clubs sportifs, qui sont liés aux universités mais qui n’étaient pas inclus dans le projet de loi initial. […] On a aussi fait en sorte que les universités doivent déposer leur plan d’action plus rapidement, donc on a fait certains gains!»

Toutefois, le montant de ressources dédiées aux universités pour appliquer la loi est problématique selon la porte-parole en matière de condition féminine. En effet, les universités sont tenues de mettre en place certaines mesures très rapidement — par exemple un guichet unique pour la réception des plaintes — sans que le gouvernement n’accorde nécessairement des fonds associés.

Questionnée sur la possibilité d’une intervention du gouvernement en ce qui concerne les relations intimes entre professeur·e·s et étudiant·e·s, la candidate péquiste se montre «carrément» en faveur d’une interdiction de ce type de relation. En effet, elle estime que la relation entre un·e membre du corps professoral et un·e étudiant·e est nécessairement une relation de pouvoir et que «nous ne sommes jamais certains que le consentement ne soit pas vicié». 

Plus de présence internationale

Enfin, la question de la place du Québec dans le monde universitaire international est abordée. Catherine Fournier affirme qu’«il faut renforcer notre présence à l’international». En ce sens, elle pointe plusieurs aspects à améliorer. Elle indique l’importance de préserver les relations diplomatiques existantes, déplorant au passage un engagement non tenu du gouvernement libéral qui prévoyait octroyer des bourses supplémentaires pour attirer les étudiant·e·s francophones internationaux·ales. La candidate déplore par ailleurs la hausse des frais de scolarité des étudiant·e·s français·es, estimant que cela «entache la relation entre le Québec et la France». Aussi, pour encourager la rétention des étudiant·e·s internationaux·ales, le Parti québécois entend offrir un crédit d’impôt à ces dernier·ère·s décidant de demeurer au Québec pour travailler.

En conclusion, Catherine Fournier souhaite voir l’éducation supérieure mieux considérée pendant la campagne: «C’est un grand travail de sensibilisation. Il faut que les partis démontrent que c’est un enjeu important, mais il faut aussi que la classe médiatique fasse son travail et puisse interpeller les partis sur [cette question].»

 
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