La stérilisation des femmes autochtones nous empêche de croire en une réconciliation – Le Délit
La stérilisation des femmes autochtones nous empêche de croire en une réconciliation
Par · 20 novembre 2018
Image par Luce Engérant

Les élèves ayant voté aux derniers referenda ont voté à 78,8% en faveur du changement de nom de l’équipe sportive de l’Université, les Redmen. Ce vote était organisé au nom du respect des communautés autochtones, que nous sommes tenus de prôner après que l’Université a participé activement à leur humiliation. Les personnes impliquées dans le mouvement pour le changement de nom, que le Délit a soutenu et soutient encore, se réjouissent de cette avancée vers la réconciliation.

Dans un rapport publié en 2017, Yvonne Boyer et Dre Judith Bartlett documentaient la stérilisation des femmes autochtones à Saskatoon et demandaient qu’une enquête soit menée au niveau fédéral. Depuis, les chercheuses ont été contactées par de nombreuses femmes qui témoignaient d’avoir vécu la même expérience dans d’autres provinces.

Il est clair, d’après les témoignages des victimes, que le consentement n’avait pas été obtenu d’une manière juste et qu’elles avaient été poussées par le personnel médical à subir une ligature des trompes. En effet, la plupart des signatures ont été obtenues avec violence, sans que les femmes ne sachent que le résultat de l’intervention serait une stérilisation définitive.Un article de Radio-Canada souligne la violence du processus: “Durant cette opération, les extrémités des trompes sont sectionnées, scellées ou brûlées pour empêcher le transport des ovules vers l’utérus et empêchant ainsi la fécondation”.

Nous nous joignons à l’équipe du McGill Daily pour soutenir la demande d’Amnistie internationale et des chercheuses qu’un représentant·e spécial·e chargé·e d’entendre les femmes autochtones poussées vers la stérilisation par le personnel médical soit nommé·e pour qu’une enquête soit menée au niveau fédéral.

Il semble évident qu’une conception purement linéaire de l’histoire ne saurait représenter avec justesse la réalité des violences perpétrées à l’encontre des Autochtones au Canada. Penser un passé qui serait révolu, un présent qui serait ce que l’on vit à l’instant où l’on parle et un avenir qui ne serait pas encore sans que ces trois dimensions ne s’entrecroisent et ne s’entrechoquent semble profondément inadéquat.

Pourtant, cette conception du temps est souvent à la racine des discours de réconciliation avec les Autochtones, dans lesquels on se demande comment réparer les erreurs du passé. Pour penser une réconciliation, il semble nécessaire de pouvoir penser un passé qui serait révolu et que l’on s’évertuerait à ne pas oublier et de croire au progrès. Ou alors, pourrions- nous nous réconcilier avec le présent? Apprendre à aimer notre destin – l’Amor Fati que recommandait Nietzsche (“Nietzsche dans tous ses états”, p 10) – est-ce possible pour ces femmes ?

À la suite de cet énième scandale, une réconciliation réelle avec les Autochtones semble encore impensable, puisque le passé des violences envers les Autochtones est encore présent et que ce présent n’est aucunement désirable.

 
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