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Scapin continue de surprendre

Le TNM entame 2018 avec l’un des plus grands classiques du répertoire français.

Théâtre du nouveau monde

Jusqu’au 10 février, le Théâtre du Nouveau Monde n’aura jamais aussi bien porté son nom. Avec Les Fourberies de Scapin, l’une des pièces les plus célèbres du théâtre français, Carl Béchard et André Robitaille nous font redécouvrir le génie de Molière sous un angle neuf. 

Une esthétique (re)travaillée

La mise en scène reprend à la perfection l’univers aux multiples facettes de Molière. Jeux d’ombres et de lumières, effets visuels et sonores hilarants, costumes aux couleurs aussi flamboyantes que subjuguantes : tous les éléments étaient présents pour nous faire redécouvrir l’univers du dramaturge. La pièce allie subtilement style de l’époque et modernité avec des tissus en jeans et des chaussures de ville. La mise en scène était également rendue plus fluide par quelques coupures dansantes et musicales, toujours empreintes du même dynamisme que donnaient à voir l’ensemble de la troupe durant ces deux heures de spectacle. 

Entre trompeurs et trompés 

C’est donc dans un décor haut en couleurs et raffiné qu’apparaît un Scapin vif, alerte et convaincant. L’acteur et metteur en scène André Robitaille incarne avec énergie le rôle de ce domestique dont la ruse n’a d’égal que la malice. Maniant tous les registres et jonglant entre une dizaine de voix différentes, le comédien réussit à mettre en exergue la subtilité de ce texte, qui offre, sous ses airs comiques, une critique sous-jacente de la Cour au temps du dramaturge. 

Ce « Scapin en baskets » incarne toujours l’indémodable figure rebelle que l’on peut encore retrouver dans la vie courante. Il a l’esprit effronté ainsi qu’un sens personnel de la justice qui le pousse à se charger lui-même de la rendre. En ce qui concerne les autres personnages, ils furent également convaincants. Le rôle de Géronte, joué par Benoît Brière, était époustouflant. Géronte est un personnage au rôle exigeant, et sur lui repose une grande partie du comique de la pièce. Pourtant, par des          mimiques hilarantes, un petit brin de folie et un enchaînement habile de la gestuelle, Benoît Brière incarne l’avare Géronte avec une facilité étonnante. Le second père trompé, Argante, joué par Patrice Coquereau, poussait à son paroxysme le ridicule de la bourgeoisie. Coquereau rend donc hommage à Molière, qui ridiculise ouvertement la bourgeoisie dans ses pièces, en nous livrant un Argante simple d’esprit, naïf et sensible à la  flatterie.

Le metteur en scène a donc su montrer le théâtre de Molière comme indémodable quand il est présenté avec autant de raffinement artistique et de                       dynamisme.


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