«Black Lives Matter»: le combat continue
27 septembre 2016 - Image par Vittorio Pessin
Retour sur un des mouvements sociaux les plus influents contre le profilage racial.

«#Black Lives Matter»: vous en avez sûrement déjà entendu parlé. Ce «mot-clic» se traduit par «les vies noires comptent» en français. Il fait référence au mouvement militant américain qui se bat contre la discrimination des Afro-Américains par les policiers. Pour l’année 2016, 700 personnes ont été tuées par la police américaine. Parmi les victimes, il y a 173 Noirs contre 324 Blancs. Seulement, ces chiffres sont disproportionnés par rapport aux pourcentages que ces groupes représentent dans la population américaine: les Blancs forment 64 pourcents de cette société contre seulement 13% d’Afro-Américains: ils représentent une minorité de la population et ce chiffre laisse penser qu’ils sont plus victimes de la brutalité policière. C’est d’ailleurs après le tristement célèbre décès de l’Afro-Américain Martin Trayvon que le mouvement militant «Black Lives Matter» (BLM, ndlr) a vu le jour, dans le but de lutter contre le profilage racial.

Du hashtag à la manifestation

L’affaire remonte à février 2012, lorsque Georges Zimmerman, un agent de surveillance de voisinage, tire un coup de feu mortel sur le jeune afro-américain Martin. Lors de son procès, le policier invoque la légitime défense et est acquitté. Cela déclenche une indignation et une prise de conscience d’un problème racial dans la communauté Afro-Américaine aux États-Unis. C’est alors que «Black Lives Matter» est officiellement créé le 13 juillet 2013 par Alicia Garza, Opal Tometi et Patrisse Cullors. Elles écrivent un billet de soutien à la communauté Noire sur Facebook en utilisant le hashtag «les vies noires comptent», qui sera repris sur de nombreux réseaux sociaux. Après cela, elles décident d’en faire un mouvement et commencent à organiser des manifestations. La popularité du groupe est donc due en grande partie aux réseaux sociaux, qui permettent d’atteindre un large public de tout horizon. 

BLM a permis une prise de conscience internationale par rapport à un problème social jugé comme étant le plus important aux États-Unis par 13% des Américains.

Depuis 2013, trois affaires – parmi tant d’autres – sont devenues emblématiques. La mort d’Eric Garner à New-York, celle de Michael Brown à Ferguson et celle de Freddie Gray à Baltimore ont tour à tour contribué à l’expansion du mouvement. Les trois hommes étaient d’origine afro-américaine et étaient non armés lors de leur arrestation. De même, la quasi-totalité des agents de police impliqués dans leurs décès a été acquittée, accentuant l’oppression et la colère ressentie par la communauté Afro-Américaine. Face à l’injustice que la minorité subit, BLM organise des rassemblements qui attirent de plus en plus de personnes, notamment des jeunes. Ils représentent ainsi le combat de la nouvelle génération antiraciste contre la violence policière et le profilage dont les Noirs se considèrent victimes. Ils défendent également les intérêts des mouvements féministes, altermondialistes et de la communauté LGBT.

s-blacklivesVittorio Pessin | Le Délit

Un problème toujours d’actualité

Mardi dernier, le 20 septembre 2016, l’afro-américain Keith Lamont Scott a été abattu par un policier à Charlotte. Pour se justifier, les forces policières ont affirmé que Scott était en possession d’une arme et qu’il représentait un danger, ce que sa famille a nié. Depuis, de violentes manifestations ont lieu à Charlotte, qui ont causé l’arrestation d’une quarantaine de personnes.

Ces altercations entre la police et les minorités ethniques ne sont pas limitées au continent américain. Le 29 juillet 2016, une affaire similaire a eu lieu dans le Val-D’Oise, en France. Adama Traoré, un jeune français d’origine malienne, est décédé à la suite d’un contrôle de papiers qui a mal tourné. Les proches de la victime sont convaincus de la culpabilité des policiers, mais jusqu’ici, la justice française ne leur a pas donné raison. Dans les jours qui ont suivis, plusieurs manifestations ont eu lieu en mémoire de Traoré à Paris. Ce sont les premiers rassemblements «Black Lives Matter France», directement inspirés du groupe américain et formés par des associations antiracistes françaises. Ceci montre le retentissement et l’impact mondial du mouvement originel. Issu des États-Unis, sa notoriété est donc un moyen de susciter l’attention des autorités locales dans d’autres pays, comme en France par exemple.

Un mouvement parfois critiqué

«Black Lives Matter» est un mouvement activiste controversé. Il est notamment critiqué pour son slogan «les vies noires comptent». Les conservateurs américains le perçoivent comme un encouragement à la division raciale. Le 7 juillet 2016, pendant une protestation contre la mort de deux Afro-Américains, cinq policiers ont été tués. Le tireur, un ancien soldat de l’armée américaine, voulait «tuer des blancs» pour venger les victimes. BLM a tout de suite condamné l’acte et rappelé que c’était un acte isolé pour éviter tout amalgame entre le criminel et le mouvement. Cependant, pour les Républicains, cet incident prouve que le mouvement a une responsabilité dans l’incitation de la haine envers les Blancs et les policiers. «Black Lives Matter» se dit être un mouvement pacifiste, mais il arrive parfois qu’il y ait de la violence lors des manifestations. Toutefois, peut-on blâmer le mouvement pour les situations qui peuvent parfois dégénérer lors des manifestations? Quel est le lien entre ce mouvement pacifiste et les groupes plus extrémistes qui arrivent à s’immiscer au sein de ses manifestations? Parallèlement, certaines personnalités politiques ont ouvertement accusé le groupe de racisme, dont l’ancien maire de New-York, Rudy Giuliani: «Quand les gens disent que les vies des Noirs comptent (Black Lives Matter, ndlr), c’est fondamentalement raciste. Les vies des Noirs comptent. Les vies des Blancs comptent. Les vies des Asiatiques comptent. Les vies des Hispaniques comptent. C’est anti-américain et c’est raciste.» Les opposants au mouvement seraient aussi plus nombreux chez le parti des Républicains aux États-Unis, car les idéaux du mouvement seraient plus alignés avec ceux des Démocrates. Par ailleurs, 28% des Américains blancs, tout parti politique confondu, se disent contre ce mouvement.

BLM: une prise de conscience internationale

«Black Lives Matter» fait désormais partie des mouvements les plus influents de notre époque, non seulement sur le continent nord-américain mais également en Europe comme nous avons pu le voir avec l’affaire d’Adama Traoré. Internet et les réseaux sociaux – principalement Facebook et Twitter – ont permis au mouvement de s’exporter plus rapidement dans d’autres pays. BLM a permis une prise de conscience internationale par rapport à un problème social jugé comme étant le plus important aux États-Unis par 13% des Américains.  Ce mouvement issu de la société civile est désormais un symbole de la lutte contre la discrimination et le profilage racial. Mais plus encore, il incarne les évolutions de notre société vers le haut. 

 
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