Soirée au Cabaret du Corps Dada
24 octobre 2017 - Image par Nicolas Marbeau
Arts vivants multiples et indisciplinés.

Il faut parfois accepter l’étrange et  se construire en dehors du moule formé par la société. C’est ce que nous montre avec brio le Cabaret du Corps Dada à travers de multiples numéros qui laissent parfois (souvent) le public dubitatif de par leur originalité et leur non-conformité. En sortant de La Sala Rossa ce soir-là, tout le monde se sentait presque trop simple et ennuyeux, et avait envie de se jouer des normes pour rentrer un peu plus dans l’univers déjanté du cabaret. Cet univers, créé par Eliane Bonin, est rempli de belles découvertes pour celui qui ose s’y aventurer, apprivoiser et accepter entièrement son indiscipline. 

A la découverte d’un monde excentrique…

Tout paraît normal au rez-de-chaussée de la Sala Rossa mais il suffit de grimper en haut de leurs grands escaliers pour accéder à un univers beaucoup moins paisible. La salle de spectacle où se sont jouées du 7 au 20 octobre les différentes représentations du festival Phénomena, est en elle-même une œuvre d’art. Avec ses lampions projetant une lumière rouge tamisée, ses chevaux de manèges suspendus sans raison au plafond et sa boule de disco centrale, cette salle prépare déjà un spectacle original et loufoque. Quand le rideau se lève, la promesse de la bizarrerie est immédiatement tenue par les artistes qui courent sur scène recouverts de cartons. Cette introduction surprenante et apparemment dénuée de sens peut en refroidir certains, qui se demandent alors ce qu’ils font là, mais le spectacle se poursuit rapidement pour les faire changer d’avis. Pendant les numéros qui s’enchainent, les artistes donnent vie à toutes sortes de personnages. La diversité des personnages se reflète dans l’éclectisme des tenues, des gestuelles et des maquillages. L’aspect loufoque du spectacle se révèle dès le premier numéro où deux comédiennes font vivre un buste de statue en lui prêtant mains et jambes, puis lui retirent brusquement ce souffle de vie dès qu’elles la reposent sur son piédestal. Ces personnages font ensuite rire le public aux éclats pendant des numéros plus simplistes les uns que les autres mais qui génèrent les plus grands sourires. C’est le cas quand un géant blond en tenue de sport aux couleurs flashy entre en scène et avec seulement quelques gestes fait interagir toute la salle en un concert de claquage de mains et bruitages en tout genre.

Mais le cabaret n’oublie tout de même pas ses racines dans toute cette simplicité et propose également des numéros plus classiques, comme une acrobate qui virevolte autour d’une barre métallique, tout en préservant le côté loufoque pour parfaire cette revisite, en finissant son numéro avec un twerk.

..Où toutes les folies sont permises…

Les facettes de ce cabaret sont sans fin, après la surprise, le rire et le classique, le premier acte se termine en beauté avec une performance qui défie tous les tabous et sera celui qui marque le plus les esprits. L’unique Éliane Bonin commence son numéro tout en douceur en présentant le mode d’emploi de la vulve à l’audience. Elle quitte ensuite la scène pour revenir un instant plus tard et se déshabiller entièrement sans aucune gêne devant un public ébahi. Ensuite, elle ne s’arrête pas là et continue en illustrant avec sa propre vulve les étapes décrites dans le mode emploi, qui passent du brushing de ses poils, à la peinture et enfin aux paillettes. Ce dernier numéro offre un côté très libertin au spectacle et fait réfléchir à la perception du corps humain, surtout le corps féminin. Ici le corps est présenté comme une œuvre d’art à part entière et non pas comme un simple outil sans valeur. Face à la réification usuelle du corps féminin, c’est un plaisir de voir une femme libre qui contrôle entièrement son corps et s’en sert pour choquer ou faire rire toute une salle de spectacle.

….Mais où l’on se perd parfois un peu trop

Après ce numéro extravagant, le deuxième acte continue avec cette pudeur disparue et ce sont maintenant tous les artistes qui sont nus. Si cette nudité paraissait innovante et importante à la fin de la première partie, maintenant elle semble quelque peu excessive.De même, le simplisme, apprécié dans certains numéros, peut vite devenir trop présent par moments et la bizarrerie trop poussée. Ces éléments perdent alors le spectateur dans le monde où il est entré en début de spectacle. C’est pour cela qu’il faut donc qu’il y ait un juste milieu, que la plupart des numéros atteignent très bien, mais que certains manquent en en faisant trop ou pas assez.Finalement à cause de ce simplisme, le talent peut parfois paraître absent ou pas suffisamment développé pour permettre au public de le remarquer et de l’apprécier à sa juste valeur. Le Cabaret du Corps Dada marque donc les esprits de multiples manières, avec les fous rires qu’il provoque, l’ébahissement devant le talent des artistes et l’expérience unique d’une nudité sans gêne, qui est simplement une autre facette de l’art du cabaret. Le cabaret est revisité tout en gardant certaines de ses racines pour créer un spectacle hors du commun dont tous les spectateurs parleront pendant le reste de leur soirée et dont ils se rappelleront pendant longtemps.

 
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