Le Cabaret Juste pour rire
23 novembre 2010

Parmi les petites salles de spectacles de Montréal, celles qui donnent son dynamisme et sa saveur à notre scène culturelle, il y a le Cabaret Juste pour rire. Enfin, c’est encore le cas, mais plus pour longtemps, semble-t-il. Juste pour rire a annoncé récemment la fermeture prochaine de son Musée et, dans la même foulée, du Cabaret et du Studio Juste pour rire, tous trois situés rue Saint-Laurent. Vous avez dit «Quartier des spectacles»?

Il y a longtemps que le Musée Juste pour rire éprouve des problèmes de rentabilité. Plusieurs projets de relance ont été menés au fil des ans, toujours avec un succès relatif. Honnêtement, personne ne peut être étonné par la décision qui a été prise de fermer les portes de l’établissement le 1er janvier prochain, un établissement qui a coûté cher en subventions sans jamais rien rapporter en retour. Ce qu’on déplore, toutefois, c’est qu’il entraîne dans sa chute le Cabaret et le Studio, deux salles populaires que le Musée a littéralement fait couler avec lui.

Pourtant, les deux salles roulent bien. Parmi les artistes ayant arpenté les planches du Cabaret ces dernières années, on retrouve le formidable Daniel Lanois et le discret mais talentueux Jérôme Minière, ainsi que de nombreux artistes en vogue: Chinatown, Radio Radio, Alex Nevsky… Sans oublier que plusieurs festivals musicaux s’y attardent,  tant les gros joueurs, comme les Francofolies et le Festival de Jazz, que les plus petits: M pour Montréal, Fringe, POP Montréal et compagnie.

Alors qu’on nous sert depuis des années un beau discours sur la revitalisation du centre-ville, sur la grandeur et le rayonnement du Quartier des spectacles, les plus attentifs d’entre nous auront remarqué que quatre salles montréalaises ont déjà fermé leurs portes depuis le début de l’entreprise. D’abord le Spectrum, puis le Medley, et maintenant le Cabaret et le Studio Juste pour rire. Triste bilan. En attendant, le centre-ville continue de ressembler à un pays en guerre, et les piétons sont forcés de slalomer entre les tranchées depuis plusieurs mois déjà.

Il semble évident, à présent, que les priorités sont mal placées en ce qui a trait au développement des arts et de la culture. Nous en avons déjà parlé dans ces pages, mais cette fois-ci, il ne nous est plus permis d’en douter: au profit de ce Quartier des spectacles, un projet certes honorable, mais pour lequel il n’est pas permis de tout sacrifier, on néglige nos salles, qui disparaissent une à une. À trop vouloir du neuf, nous sommes en train de perdre nos acquis.

Voudrait-on nous faire croire que, malgré le flop du Musée Juste pour rire, il n’y avait pas moyen de sauver le Cabaret et le Studio? Pas moyen de les relocaliser et de les intégrer à ce fameux Quartier des spectacles dont on parle tant? Et si, vraiment, c’était impossible, alors quelqu’un veut-il me dire à quoi bon investir dans un projet qui coûte si cher à notre héritage culturel?

Quoi qu’il en soit, Montréal perdra en janvier deux de ses salles, deux de plus. On voudrait pouvoir dire qu’on est surpris, mais ce serait un mensonge. Consternés, plutôt. Et dire que Montréal se targue d’être une capitale culturelle.

Ceux qui voudraient profiter une dernière fois du Cabaret Juste pour rire pourront y voir sur scène la talentueuse Elisapie Isaac, le 26 novembre prochain.

 
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