Les grandes entrevues du Cabaret du Roy
2 octobre 2012
Les dimanches du conte fêtent leurs quinze ans.

Au cœur du Vieux-Port, le Cabaret du Roy est un endroit à visiter. Rien que la déco vaut le détour. On entre dans un univers incongru où des serveuses en coiffe vous appellent «mon gaillard», tandis qu’à l’autre bout de la pièce, un feu brûle doucement dans l’âtre. On s’assoit sur des chaises en bois dépareillées pour étudier la longue carte des boissons ou bien savourer une assiette copieuse. La salle semble servir de repaire à quelques habitués, et on voit des têtes qui on l’air de découvrir l’ambiance conviviale avec plaisir. Une grande scène longe la pièce; de grandes figures de proues surmontées de coffres à trésor encerclant deux grands sièges de bois aux allures de trône font office de décor. Des drapeaux noirs accrochés au plafond appellent le thème de l’établissement.

Sur scène ce dimanche il y avait des conteurs mais pas de contes. À l’occasion du quinzième anniversaire du rendez-vous hebdomadaire, les instigateurs des dimanches du conte étaient à l’honneur. André Lemelin et Jean-Marc Massie participaient à une séance de questions réponses sur le modèle des grandes entrevues. Pendant quelques deux heures, les deux fondateurs et organisateurs se sont dévoilés à leur auditoire. Une brève incursion dans l’univers personnel et professionnel des deux conteurs qui n’a pas manqué de nous ravir.

André Lemelin semble être avant tout un amoureux de la littérature. Il a entrepris au fil des années de nombreux projets qui vivent encore et nous font rêver. On retiendra de lui les recueils de contes qui ont parfois défrayé la chronique, comme lorsqu’un professeur du secondaire avait décidé de faire lire à sa classe un des contes urbains des Contes du Centre-Sud écrit en joual. Une éditorialiste du Devoir s’en était mêlée. André Lemelin raconte comment il s’est réveillé un jour avec quatre camions de télévision devant sa porte. On lui avait reproché notamment le choix du joual pour ce texte. Il aurait rétorqué: «Vous avez déjà entendu une prostituée parler au passé simple?». De là, on imagine la teneur du recueil. Il reste un conteur avant tout, un homme qui cherche à partager l’émotion d’une histoire à qui veut bien l’entendre.

Jean-Marc Massie s’est à son tour prêté au jeu pour nous faire part de ses états d’âmes, de ses débuts en tant que musicien, et de son parcours atypique. L’ancien chanteur des pervers polymorphes, docteur à ses heures, a l’air d’un joyeux luron, enclin à partager son expérience. Célèbre pour ses digressions, il a donné du fil à retordre à son interlocuteur qui avait la tâche difficile de lui poser des questions. Le conteur parle de ses années passées en France, de sa famille et de son expérience de musicien, en prenant soin de faire rire la salle.

André Lemelin et Jean-Marc Massie se sont rencontrés par hasard dans un bar et ont décidé de travailler ensemble à ce rendez-vous de conteurs. Si le premier a vite passé la main au second, Jean-Marc Massie insiste que son acolyte n’a jamais fait défaut quand on avait besoin de lui.

Le Cabaret du Roy propose chaque dimanche une soirée dédiée aux contes et aux conteurs, tout un pan de la littérature et des arts de la scène qu’on a tendance à dédaigner. Cette année les conteurs de la première heure sont à l’honneur. On revient, on relit, on rencontre. Tout au long du mois d’octobre vous pourrez assister à une série sur les contes du monde. On ne peut que vous encourager à aller voir ce qui s’y passe; à faire une pause onirique dans un établissement à connaître.

 
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