Fragments hollywoodiens
26 janvier 2016 - Image par Mahaut Engérant
Une plongée attendrissante dans l’intimité d’Ingrid Bergman.

Récompensé par le prix du film documentaire «L’œil d’or» au festival de Cannes 2015, Je suis Ingrid, réalisé par Stig Björkman, est présenté au Cinéma du Parc jusqu’au 28 janvier. À l’occasion du centième anniversaire de la naissance d’Ingrid Bergman, le réalisateur suédois signe un documentaire intimiste, retraçant son parcours en s’appuyant sur ses archives personnelles. 

  Née en 1915 à Stockholm, Ingrid Bergman connut, dès ses débuts au théâtre, un succès fulgurant. Le tournage de Casablanca en 1942 la consacre comme figure majeure du cinéma occidental et elle tourne avec certains des plus grands réalisateurs de son époque tels que Alfred Hitchcock. À travers ce documentaire, Stig Björkman s’acharne à explorer une autre facette de la trajectoire de l’actrice, dévoilant les étapes de sa vie à travers son ressenti personnel. Il assemble des séquences de films tournés en Super 8 par Ingrid elle-même lors de tournages ou de vacances familiales. Le réalisateur laisse l’actrice se raconter par elle-même. Les images intimes se succèdent, accompagnées de témoignages de ses proches, d’archives télévisuelles, ainsi que de lectures de son journal intime et de ses lettres. Le réalisateur propose alors une vision inédite de l’actrice et de sa carrière. Si cette mosaïque sépia est quelque peu monotone, voire convenue, elle est néanmoins touchante, dévoilant une Ingrid Bergman timide, indépendante, talentueuse et indocile. 

Mahaut Engérant

Hommage paradoxal

Échappant de peu au piège de l’hagiographique, Je suis Ingrid se révèle particulièrement intéressant sur le plan historique. En suivant Ingrid Bergman, on assiste également aux évolutions esthétiques du cinéma et de ses différents mouvements, ainsi qu’aux mutations de la société d’après-guerre. Portées par la musique de Michael Nyman, les images sélectionnées par le réalisateur sont marquantes par leur authenticité. On parvient presque à s’identifier et à ressentir de l’empathie pour cette actrice pourtant magnifiée par les médias de son époque au point de paraître inaccessible. C’est sur cette tension entre l’image publique et la vie privée d’Ingrid Bergman que se construit le documentaire. Adulée par le public puis exposée à son jugement de manière particulièrement violente tout au long de sa carrière, Je suis Ingrid critique de manière virulente le fonctionnement des médias sensationnalistes, scrutant de manière obsessionnelle ses choix personnels. En opposant les images de vacances tournées par Ingrid Bergman aux images anxiogènes saisies par les paparazzis, le documentaire interroge sur la mythification des artistes, qui perdure à notre époque.

  Cependant, l’ambition principale du documentaire reste la commémoration d’une «légende» hollywoodienne, dans une démarche qui entretient les rouages d’un système de vedettariat qu’il appelle pourtant à critiquer. À l’image d’Ingrid Bergman, qui conservait des traces de toutes ses expériences passées, le réalisateur de Je suis Ingrid nous confie le souvenir d’une actrice dont la mémoire s’efface avec le passage des générations. Réalisé avec sensibilité et enthousiasme, Je suis Ingrid piquera sans doute la curiosité des admirateurs de l’actrice aux trois Oscars, offrant un regard atypique sur son existence.  

 
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