Rien sur Robert
10 février 2015 - Image par Luce Engérant
Éditorial.

«D’ailleurs l’Anglais, pour Alexandre, c’était l’ennemi héréditaire, proposé par l’histoire, l’école, l’entourage, celui dont il pourrait à peine se passer, tant en le perdant, ses griefs manqueraient d’emploi.»

Gabrielle Roy, Alexandre Chenevert

Après la démission surprise de John Baird, ex-ministre des affaires étrangères, notre Premier Ministre Stephen Harper s’est vu dans l’obligation de procéder à un léger remaniement ministériel, ce qu’il a fait ce lundi 9 février, annonçant trois nouvelles nominations via le site internet Twitter. Veuillez juger par là de la contemporanéité de l’affaire.

Parmi les trois nouveaux ministres, Robert Douglas Nicholson, dit «Rob», qui occupait le ministère de la Défense depuis juillet 2013, récupère le portefeuille vacant des Affaires Étrangères. «Formidable, me direz-vous, j’en parlerai à mon orignal.» C’était sans compter l’adresse du gouvernement Harper. Selon La Presse et Le Devoir, le député de Niagara Falls qui vient d’être nommé chef de l’appareil diplomatique fédéral ne parlerait pas un traitre mot de français. Dans l’état fédéral canadien, depuis 1969, les deux langues officielles sont pourtant le français et l’anglais. Aussi, on attendrait d’un ministre des Affaires étrangères qu’il puisse être en mesure de s’exprimer dans chacune d’entre-elles.

Pour les notables du Nouveau Parti Démocratique au niveau fédéral, du Parti Québécois, de la Coalition Avenir Québec ou encore de Québec Solidaire au niveau provincial, la journée de ce lundi a donc été l’occasion de protester contre la nomination de Rob Nicholson, nouvelle inconséquence du gouvernement fédéral.

Pour nous autres, modestes journalistes-étudiants, la journée de ce lundi a donc été l’occasion d’aller en cours, et de fleureter ici et là, à la recherche de quelques perles du politicien de la seconde capable de satisfaire notre espièglerie.

En voilà une. Le 8 janvier dernier, dans la foulée des attentats de Charlie Hebdo, Rob Nicholson publie ce tweet à la syntaxe envoûtante: «La liberté doit être protégée. Canada est solidaire avec les peuple de France». Un ange passe. D’aucuns pourraient prétendre qu’il s’agit là d’une tactique très habile du ministre canadien pour s’adresser aux citoyens français en reconnaissant l’équilibre précaire de leur système d’intégration — entre assimilation et pluralisme —, conjuguant le pluriel de l’article «les» au singulier du mot «peuple» et prévoyant par là même les débats sur l’identité qui seront déclenchés par les événements. Mais d’autres prétendraient certainement l’inverse.

Il faut préciser qu’à la différence d’un Justin Trudeau ou d’un Thomas Mulcair, qui gazouillent en français et en anglais sur un même compte, Rob Nicholson, tout comme son patron Stephen Harper, ne met aucun de ses œufs dans le même panier et adopte une politique de comptes séparés. C’est une question d’attitude, d’action et de discours, choses qu’il nous convient d’inspecter, car au niveau fédéral, le temps des courtisans est sur le point de reprendre.

Une autre pour la route? Le 3 février, toujours sur Twitter, le vieux Rob se dit «attristés de prendre connaissance de l’attaque faite contre des militaires à Nice». Nous somme, pour notre pard, assé attrister, qu’un ministre des Affaires étrangères ne puisse s’exprimer correctement en anglais et en français sur la scène fédérale et internationale, de façon virtuelle ou réelle, intermodale enfin, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

 
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