Vers le Sommet
5 février 2013
Les forums de consultation populaire : un point de vue citoyen

Environ cent personnes ont participé au dernier forum citoyen qui s’est déroulé à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), le samedi 2 février. Après quatre rencontres thématiques, quatre forums citoyens et une école d’hiver, cette dernière rencontre clôt les activités préparatoires en vue du Sommet sur l’Éducation qui aura lieu les 25 et 26 février prochains à Montréal.
Organisées par l’Institut du Nouveau Monde (INM) et demandées par le ministre de l’Éducation Pierre Duchesne, les animations citoyennes avaient pour but de consulter la population sur les quatre grands thèmes qui seront abordés lors du Sommet: qualité, accessibilité, gouvernance et financement des universités, et contribution des établissements et de la recherche au développement de l’ensemble du Québec. À l’inverse des rencontres thématiques qui réunissaient des partenaires du Sommet (associations étudiantes, syndicats, représentants d’établissement et groupe de gens d’affaire), les forums citoyens ouvraient la porte à quiconque désirait s’exprimer sur l’éducation.

Implication des étudiants
Dans le cadre des rencontres pré-Sommet, les étudiants ont eu l’occasion de présenter directement leurs idées. Michel Venne, directeur général de l’Institut du Nouveau Monde, explique dans une entrevue avec Le Délit que les associations étudiantes avaient des sièges lors des rencontres préparatoires et que l’École d’hiver de l’INM et les forums ont permis aux jeunes de participer, car il n’y avait pas de limite au nombre d’inscriptions. De plus, le ministère de l’Éducation supérieure a mis à la disposition des internautes un site web où des discussions interactives sur l’éducation ont lieu. «La place [des jeunes] a été faite, la place a été prise», dit M. Venne.

Antoine Genest-Grégoire, président de l’Association étudiante de l’École de Sciences de la gestion de l’UQAM, croit que les forums citoyens ont été accessibles pour les étudiants. Ils se sont, entre autres, déroulés dans divers coins du Québec et pas seulement dans les grands centres. «Dans l’activité où j’étais, j’avais ma place, et je pense que tous les étudiants qui auraient voulu participer l’avaient aussi», dit-il en entrevue avec Le Délit.
Lors de la plénière d’ouverture du forum citoyen de Montréal, un étudiant de l’Université d’Ottawa a émis un commentaire du fait qu’un nombre insuffisant d’étudiants étaient présents à la rencontre. Le directeur général de l’INM répond qu’il «est vrai qu’il y a peut-être moins de jeunes [que d’acteurs divers du milieu de l’enseignement], mais il y en a, ils prennent la parole et ils amènent des propositions, ils jouent leur rôle. […] Dans chacune des régions, il y en a toujours eu, dans une proportion, si on faisait le calcul, pas si loin de leur proportion dans la population».
Lors du Sommet sur l’Éducation, 31% des sièges seront occupés par des représentants des associations étudiantes.
Malheureusement, il n’y avait aucune trace d’étudiants de McGill au forum. La totalité des discussions étaient conduites en français, ce qui pourrait expliquer cette absence.

Plus de pouvoir aux étudiants
À l’UQAM, le forum a débuté avec les présentations de René Côté, vice-recteur à la Vie académique de l’UQAM, et de Cathy Wong, présidente du Forum Jeunesse de l’Île de Montréal (FJIM). Le FJIM est un organisme non partisan qui représente et défend les intérêts des jeunes de 12 à 30 ans de la région de Montréal. En entrevue avec Le Délit, Mme Wong explique que le FJIM mène diverses actions en vue du Sommet.
L’organisme propose d’ailleurs trois recommandations: «Considérer la condition économique et l’environnement socioculturel des jeunes comme facteur déterminant de l’accessibilité aux études, favoriser la collaboration entre les universités et réduire la concurrence malsaine entre elles [et] assurer la participation des jeunes à la gouvernance interne des universités». Cathy Wong explique: «Actuellement, seulement 9% des personnes qui siègent sur les conseils d’administration dans les universités sont des jeunes de moins de 35 ans et dans les cégeps, on parle d’environ 15%».
Antoine Genest-Grégoire, quant à lui, croit que la situation actuelle fait en sorte que les étudiants qui siègent sur le Conseil d’administration ne sont pas nécessairement représentatifs de toute la communauté étudiante d’une université. «S’il y avait plus de sièges pour les étudiants, il y aurait la possibilité qu’il y ait plus de diversité dans l’ensemble des points de vue des étudiants qui seraient entendus».
Selon Jean-Félix Chénier, professeur de politique au Collège de Maisonneuve et animateur d’un atelier lors du forum citoyen, «il faut au moins revenir à l’idée qu’une majorité des Conseils d’Administration (CA) soit composée de gens issus de l’institution. Les administrateurs externes devraient être là, mais pas majoritaires. La difficulté avec les étudiants au sein des CA est qu’ils ne peuvent assurer une continuité et qu’ils sont souvent absents même lorsqu’on leur donne deux sièges… Une façon d’améliorer l’emprise des étudiants sur l’Administration de leurs institutions serait de leur donner le droit de vote pour choisir leur recteur», dit-il au Délit lors d’une entrevue.

Propositions du forum citoyen à Montréal
La plénière d’ouverture en grand groupe s’est articulée autour des enjeux reliés aux quatre thèmes du Sommet. Plusieurs suggestions diversifiées ont été exprimées par la foule composée de professeurs, de vice-doyens, d’étudiants, de membres de syndicats et de citoyens.
Voici celles qui ont semblé être les plus populaires: éviter de créer des classes avec un trop grand nombre d’étudiants, donner des cours de pédagogie aux professeurs des universités, enlever les barrières économiques qui empêchent les étudiants de se concentrer entièrement sur leurs études tout en s’assurant de ne pas diminuer la qualité de l’enseignement, rendre l’éducation plus accessible pour les autochtones et pour les habitants des régions éloignées du Québec, créer des instances indépendantes pour surveiller la gestion financière des universités et mettre à jour la grille de financement des établissements, qui date de 2002.
L’idée que la gratuité scolaire est déjà délaissée par le gouvernement Marois en a fâché plus d’un. Une participante s’est indignée, en disant que dans le rapport Parent des années 60, la gratuité était l’objectif que devait atteindre le Québec à long terme. «Ça fait 40 ans de cela! Il arrive quand, le long terme?!», a-t-elle lancée.

Jean-Félix Chénier «[croit] que malheureusement, le gouvernement a déjà son idée de faite sur les frais de scolarité, mais sur les autres sujets, le débat reste à faire. Le ministre semble ouvert à remettre en question le mode de financement actuel et c›est une très bonne nouvelle, car ce mode de financement engendre une course à la clientèle qui favorise des dépenses de publicité, d’immobilier, de campus extraterritoriaux, de programmes qui existent ailleurs, etc., ce qui représente un gaspillage des ressources. L’argent du ministère devrait aller en priorité à l’enseignement et la recherche, pas à toutes sortes de stratégies pour attirer une nouvelle clientèle qui engendre de toute façon un jeu à somme nulle: ce que l’UdeM gagne, l’UQAM le perd ou inversement…», soutient-il.

Une dernière rencontre thématique
La dernière rencontre thématique avait lieu à Rimouski les 31 janvier et 1er février avec pour thème «La contribution des établissements et de la recherche au développement de l’ensemble du Québec». Le ministre de l’Éducation supérieure Pierre Duchesne a profité de l’occasion pour annoncer en point de presse que des assises nationales se tiendront en avril pour discuter de la rédaction de la politique nationale de la recherche et de l’innovation. «Nous allons rassembler tous les gens de près ou de loin reliés au milieu de la recherche pour discuter, pour participer à un dialogue qui va nous permettre de préciser des priorités, des orientations en vue de [cette politique]», dit-il. Le 31 janvier, quatre experts se sont exprimés sur la question: Marc-Urbain Proulx, Geneviève Tanguay, Denis Faubert accompagné de Gilles Savard, et Renaldo Battista. Au total, neuf contributeurs incluant des associations étudiantes, des syndicats et des organes universitaires, ont participé aux discussions du 1er février. Le document de synthèse de cette dernière rencontre conclut que le Québec doit financer le domaine de la recherche qui a une large portée dans la société. On y conclut aussi que les établissements d’enseignement sont des leviers économiques et sociaux pour leur région. x

 
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