Première canadienne de Volpone
5 février 2013 - Image par Brent Callis
Les étudiants de l’École de Musique Schulich présentent l’opéra Volpone.

À l’occasion de l’Année de la musique contemporaine, les étudiants de l’École de musique Schulich de McGill présentaient vendredi le 1er février l’opéra Volpone, œuvre colorée et divertissante qui tient ses origines de la tradition comique du XVIIe siècle.

Le metteur en scène Patrick Hansen dit s’être inspiré de ses étés passés en Caroline du Nord pour imaginer le décor fleuri qui donne vie aux personnages et à l’intrigue de cet opéra présenté à la salle Pollack Hall de l’École de musique de McGill.
Volpone est un récit où se mêlent avarice, luxure, trahison, hypocrisie et tromperie. Ces thèmes sont déjà importants en 1606, lorsque le dramaturge anglais Ben Jonhson signe la comédie satyrique aux accents de fable animale, et ils le sont toujours autant lorsque près de quatre siècles plus tard le librettiste Mark Campbell s’inspire «librement» de la pièce pour l’écriture de son livret d’opéra. L’humour est lui aussi toujours là, ni subtil ni grossier, mais dans un équilibre plaisant et léger digne des meilleures comédies.
Le choix de cette œuvre ne fut pas anodin pour le directeur des études d’opéra de l’université et metteur en scène Patrick Hansen: admirateur du travail du librettiste Mark Campbell (dont le dernier opéra Silent Night lui a valu le prix Pulitzer) et du compositeur John Musto, il a profité de l’Année de la musique contemporaine mise à l’honneur à l’École de musique Schulich pour présenter la création, que l’auteur lui-même qualifie d’«adaptation infidèle» de l’œuvre de Johnson.

Le gentilhomme Volpone, en l’absence d’héritier naturel, feint d’être à l’article de la mort, et voit ainsi défiler chez lui aspirants de toutes sortes qui le courtisent afin d’acquérir une place de choix sur son testament. Alliances, complots, trompeurs trompés, jeux de valets et autres coups de foudre amoureux rythment l’action de ces personnages caricaturés aux traits d’animaux. Les noms des personnages eux-mêmes sont évocateurs: Volpone le renard, Mosca la mouche ou encore Corvina le corbeau… Ces choix se retrouvent dans le maquillage et les costumes, par ailleurs très réussis: variés et colorés, non sans rappeler la tradition de la commedia dell’arte, ils ajoutent au spectacle sonore un divertissement visuel. La musique composée par l’américain John Musto ne déçoit pas non plus. Subtile et puissante, elle porte les voix des chanteurs et rythme l’action, devenant un élément clé du spectacle.

Comme le souligne Patrick Hansen à la fin de la représentation: «Dans une comédie tout est question de timing; et dans un opéra, c’est le compositeur qui détermine celui-ci. Les acteurs doivent s’y conformer».
C’est donc bien là que se situe le défi remarquablement relevé par les étudiants: chanteurs d’opéra, ils parviennent pourtant aussi à être comédiens. Jeu, expressions faciales, gestuelle, mimes, et même parfois danse, les artistes ne se contentent pas de chanter. Les jeux de mots et autres comiques de situation s’enchaînant au rythme soutenu des musiciens, leur travail «est donc très exigeant!», confirme le metteur en scène, apparemment satisfait de la prestation de ses élèves.
La représentation de Volpone par l’Opéra McGill, qui constitue par ailleurs la première de l’œuvre au Canada, est donc un spectacle amusant, léger et coloré. Il n’en est pas moins une épreuve académique pour les artistes étudiants de McGill, la plupart en deuxième cycle. Leur performance, déterminante pour leur cursus scolaire, a en effet été évaluée par leurs professeurs. Espérons que l’enthousiasme de ces derniers fut à la hauteur de celui du public!

 
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