Danse Lhasa Danse
13 novembre 2012
Hommage en chant et danse à Lhasa de Sela

À froid, on s’assied dans la salle du théâtre Outremont. Les lumières se tamisent. La musique démarre, réchauffe l’ambiance. Les voix féminines et masculines se mélangent aux percussions, piano, violoncelle, contrebasse et guitare. La rondeur et la profondeur du son tapissent la salle, enveloppent les spectateurs dans une nostalgie, rallument les sentiments que seule Lhasa pouvait susciter. Et les danseurs entrent en scène, en solo, duo, quatuor, enchaînant chorégraphies contemporaines, de «gumboots» ou encore de flamenco. Leurs corps rythment les notes des musiciens, accompagnent dans une parfaite harmonie la fugue ou la délicatesse des chanteurs. Danse Lhasa Danse, un hommage où les paroles prennent corps, où le spectateur se recueille et se laisse bercer par la beauté de l’œuvre de la défunte chanteuse.

Danse Lhasa danse, ne t’arrête pas. Emporte-nous encore le temps d’une autre chanson, d’une autre danse, dans un tourbillon d’émotion, de passion… Laisse-nous baigner dans ton univers, enivre-nous de tes joies et mélancolies, élève nos âmes, qu’on se sente près de toi quelques instants de plus…
Rendre justice à une artiste dotée d’autant de talent et de charisme n’est pas tâche facile. Pierre-Paul Savoie, metteur en scène et directeur artistique, assisté de Louise Beaudoin, a su relever ce défi avec brio. Savoie tenait à ce que la flamme de Lhasa revive sous le feu des projecteurs. «Après sa mort, je me suis mis à réécouter tout son répertoire. Je pense que quand quelqu’un n’est plus là, on prend conscience de sa valeur, et dans [le cas de Lhasa], de sa grande valeur. Pour moi, j’étais très touché, ça a amplifié mon bonheur de sa musique en fait. En la réécoutant tout à coup elle me manquait. Je voyais que son témoignage au travers de ses chansons prenait tellement plus de sens et que j’étais profondément touché par son œuvre. J’avais envie de lui répondre d’une certaine façon», confie-t-il au Délit.

Pour Savoie, exprimer la musique de Lhasa non seulement en chant, mais aussi en mouvement, était nécessaire pour témoigner toute son émotion. Il explique: «J’ai vraiment voulu répondre par la danse. Pour suivre la résonnance [de Lhasa] en tant qu’artiste, la ramener sur scène d’une autre façon, lui rendre hommage par les corps aussi, parce que Lhasa c’est une grande âme, mais aussi une vieille âme. Je considère que la danse est un médium par excellence pour exprimer l’âme. Je trouvais qu’il y avait un alliage, une combinaison, une complémentarité, et j’ai voulu répondre par mon médium, et on a eu le bonheur d’avoir un band avec nous, des chanteurs extraordinaires, donc ça rend la chose encore plus forte. Je crois que c’est un hommage à la hauteur de l’esprit de Lhasa».

À la hauteur, sans aucun doute. Cet hommage vibrant en tournée au Québec jusqu’au 5 décembre, co-produit par PPS Danse et Coup de cœur francophone, a été orchestré par une vaste équipe de chorégraphes et d’interprètes talentueux: 12 danseurs, 7 chorégraphes, 6 chanteurs et 5 musiciens. Dans un décor humble, les artistes se sont relayés sur les planches. Le micro est passé entre les mains de Bïa, Alexandre Désilets, Geneviève Toupin, Alejandra Ribera et Karen Young. Tous ont apporté leur grain de voix unique et on reproduit les chansons de Lhasa, avec des variations occasionnelles. Les danseurs interagissaient parfois avec les chanteurs, partageant leur même amour pour Lhasa.
Danse Lhasa danse, un crescendo d’émotion qui saisit et fascine l’auditoire, un témoignage de passion et d’amour pour une artiste qui a marqué le paysage culturel montréalais.

 
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