Danse contemporaine et sentiments
29 mars 2011
C’est après la première porte à gauche du Monument-National, dans l’espace qui abrite tous les événements médiatiques dans une ambiance de bar branché, que le spectacle 4quART commence.

Au fond de la salle, au sein des discussions, entre des cliquetis de verre et une musique d’ambiance, quatre personnes, vêtues de pulls de couleur différente, se prennent en photo, et, à pas d’automates, se fraient un chemin parmi les spectateurs, initiant la marche vers une seconde salle.

C’est alors que sont prononcés les mots: «gaver», «battre», «malaxer», «flamber», «embrocher». Ils sont lancés dans l’air, à partir du sol qui sert de scène, et parviennent aux spectateurs, perchés à l’étage plus haut. Ils prennent la forme de la salle et reviennent vers les danseurs, qui les adoptent avec leurs mouvements, les vivent, essaient tant bien que mal de leur donner un sens.

Nicolas Ruel

Le dialogue est très bref: petit à petit, les mots disparaissent et se transforment en soupirs, en collisions entre les corps, en états de transe. Des caméras suivent le dialogue, lequel est projeté sur des panneaux blancs qui bougent, qui jouent avec les ombres, qui se plient et se déplient, jusqu’à  emprisonner les acteurs.

Au milieu de tout cela, il y a les arachides. Elles parsèment le sol, se retrouvent dans les cheveux, sont brisées, lancées au public, manipulées soigneusement. Elles craquent sous les pas assurés, sous les dents des spectateurs gourmands et traversent plusieurs écrans télé. C’est en marchant parmi ces arachides à la présence énigmatique, en se faisant bousculer accidentellement par les chorégraphes, que le spectateur se joint aux artistes dans leur dégustation silencieuse.

C’est un retour à la primauté du corps, de ses besoins et de ses mouvements, la volonté de sentir ce que l’on nomme, d’extrapoler sur ce qui est simple et de ne se tenir qu’à ce que l’on voit. Dans l’air froid et sombre, le mystère prend place, si bien que le dialogue n’est plus avec la foule, mais avec l’individu qui, se déplaçant dans la salle, montant et descendant les étages, recevant parfois des arachides dans les cheveux, n’observe plus le spectacle mais en fait partie intégrante.

Entre fous rires et interactions charnelles, entre monologues incompréhensibles et batailles devant la caméra, la danse fait usage du corps pour témoigner du présent, et s’insère avec confiance, seule et triomphante. Le dialogue ne suffit pas, semble-t-elle nous dire: il faut tanguer, laisser aller les mouvements, sentir les mots, danser avec son cœur et oublier le reste. La rationalité, le bon sens, l’inhibition sont jetés par la fenêtre, rappelant étrangement l’expression: «It’s peanuts!»

 
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