Toute une impression
23 octobre 2012
Le Musée des Beaux-Arts de Montréal propose une exposition temporaire sur la peinture impressioniste.

«On nous raconte qu’un arbre n’est qu’une combinaison chimique. J’aime mieux croire qu’il est habité par une nymphe.» Cette citation est de Pierre-Auguste Renoir, et donne le ton à l’exposition Il était une fois l’impressionnisme: chef-d’œuvre de la peinture française du Clark au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Sélectionnées pour leur qualité supérieure dans la collection du Francine Clark Institute, 74 peintures, dont 21 tableaux réalisés par Renoir, sont exposées au Musée du 13 octobre au 20 janvier. Aller au musée n’est plus l’activité hautaine ou ennuyeuse qu’elle a déjà été; on peut dire qu’elle s’est peu à peu déconsacrée, car c’est réellement une visite qui peut être appréciée par tous, peu importe l’âge ou les intérêts: donc, pas besoin d’être un intellectuel un peu fêlé ou un étudiant carburant à l’histoire de l’art. Il suffit seulement d’un peu de curiosité! C’est un cours d’histoire, un voyage dans le temps, des rencontres intemporelles, bref, un combo passionnant! Je ne suis pas qualifiée pour vous parler de la qualité des peintures, que je devine pourtant exceptionnelle; mais avec les temps gris et le froid de novembre à nos portes, s’entourer de beauté fait du bien. La visite débute avec des tableaux de Théodore Rousseau, un précurseur de l’impressionnisme et un héros de son temps pour les artistes. En effet, Rousseau, paysagiste, ne voulant pas se retrouver sans modèles à peindre, fut à la tête d’un mouvement visant à protéger les forêts bordant Paris, excessivement déboisées à l’époque. C’est à l’initiative de celui-ci si, en 1861, des sites à destinations artistiques furent inaugurés dont 555 hectares d’espaces rocheux et 542 hectares de forêts. Ses paysages, tout en lumière, valent la peine d’être vus, surtout lorsqu’on sait qu’il a dû se battre pour conserver l’objet de son inspiration.Si plusieurs des premiers tableaux réalisés, entre autres, par Camille Corot ou Eugène Boudin, semblent moins significatifs dans la collection, ces peintres constituent toutefois les pionniers du mouvement et les mentors de la génération suivante.

Une citation de Claude Monet, affichée au-dessus de ses premiers tableaux, affirme que «si je suis devenu un peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois». En admirant les chefs-d’œuvre de Monet tels que Les Falaises à Étretat ou À Sassenheim près de Haarlem, on remercie soi-même Boudin d’avoir su inspirer tant de splendeur. Les citations parsemées un peu partout au gré de l’exposition ajoutent une touche intéressante: on en apprend un peu plus sur nos peintres préférés, leurs impressions, leurs inquiétudes, leurs sources d’inspiration.

Renoir est celui qui nous accompagne tout au long de la visite et plusieurs de ses remarques sont cinglantes ou, du moins, particulières. L’artiste est reconnu pour ses nombreux portraits de femmes. On a l’impression d’entrer dans l’univers intime de l’artiste, de rencontrer son cercle de maîtresses hautes en couleur comme le modèle de La jeune Fille endormie (1880), tableau parsemé de références érotiques; ou bien encore La Baigneuse blonde, un portrait représentant sa future épouse.

Malgré toute l’inspiration que lui évoquaient ses muses, Renoir voyait d’un mauvais œil l’émancipation des femmes: «Elles deviennent des intellectuelles, perdent leur sens de l’éternité et ne sont plus bonnes à peindre».  Bien que la féministe en moi dénonce une telle injustice, je dois avouer que ses tableaux démontrant des femmes lumineuses et à la beauté inaltérable leurs rendent un bel hommage.

En 1845, Charles Baudelaire théorisait la nature double du beau, éternel et invariable; cette exposition sur l’impressionnisme ne saurait mieux rendre justice à cette définition. Pourquoi lever le nez sur un après-midi où vous pourriez faire connaissance avec des artistes tels que Bonnard, Corot, Degas, Gauguin, Manet, Millet, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley et Toulouse-Lautrec? Comment détourner le regard des temples algériens, des plages incandescentes, des palais de Venise et des campagnes chatoyantes, et, tout cela sans quitter Montréal? Après cette exposition, vous continuerez votre journée le sourire aux lèvres et comprendrez comme jamais le sens du mot impression.

 
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