Rouge et vert
3 avril 2012
Je commence maintenant à comprendre cette ville, même si j’ai encore peur de marcher dans la rue.

Chers maman et papa,

Au début de l’année, j’étais perdue ici à Montréal. Je commence maintenant à comprendre cette ville, même si j’ai encore peur de marcher dans la rue. Je n’avais jamais questionné mon identité au sein de la société. C’était tellement simple dans notre ville si petite. Je n’avais jamais songé à ma place dans le cadre des autorités et de la politique. Mais ici à McGill, tous les étudiants ont une opinion et sont passionnés, bien plus que moi. Cependant, ça va changer maintenant.

La semaine passée, c’était l’anniversaire de mon amie, Lucie. Yvonne, Gabrielle, Lucie et moi sommes allées au restaurant. À la fin, après avoir eu un bon souper et un petit fraisier, nous en sommes parties. Nous avions complètement oublié qu’il y avait une manifestation dans la rue Sherbrooke, contre la brutalité policière. Le restaurant était près du centre-ville, au coin de Sherbrooke. Quand nous sommes sorties du bâtiment, nous avons commencé à revenir au campus, mais nous nous sommes arrêtées sur place immédiatement. Un groupe de soixante-dix policiers de la brigade anti-émeute criant « MOVE ! MOVE ! MOVE ! » avait forcé les manifestants à courir vers nous. Nous étions paralysées, nous ne pouvions penser ni courir. Les manifestants nous ont croisés et nous étions déboutées. Nous pensions que la police nous dépasserait sans question. Tout à coup, un grand homme de la police a frappé Lucie avec sa matraque. Je criais et un autre policier a frappé Gabrielle, et puis, Yvonne et moi. J’ai essayé de me lever mais le grand policier m’a frappé à la tête; mes lunettes sont tombées et les verres se sont cassés. Je peux les porter maintenant, mais il y a quelques fissures sur la surface qui m’agacent toujours.

Hier, portant mes lunettes fracturées, je regardais une autre manifestation. C’était une manifestation contre les hausses des frais de scolarité. La manifestation contre la brutalité policière comptait 2000 personnes. Cet épisode s’est terminé avec 226 arrestations, de la violence, des vols et le chaos partout. La manifestation contre la hausses des frais de scolarité comptait 200 000 personnes : c’étaient des étudiants, des jeunes. Elle s’est terminée avec de l’espoir, de l’inspiration et la paix. Pourquoi est-ce que cette manifestation si grande peut être un succès, quand une autre, si petite en rapport, a créé le chaos ? Hier, j’ai appris quelque chose sur ma place ici, à Montréal, à McGill, et parmi ma jeunesse compatriote. Nous avons une voix, et nous sommes capables de déclarations puissantes, plus que le peuple et la société, la plupart du temps. Nous nous sommes réunis grâce à nos identités d’étudiants, et en plus, parce que nous comprenons que nous sommes l’avenir. Nous sommes capables de manifestations pacifiques de 200 000 individus et ce fait me donne de l’espoir.

Je ne suis plus une femme pas affectée, l’ébauche d’une personne sans aucune opinion. Au contraire, je vois entre mes amis et les autres jeunes que j’ai une voix énorme. Je dois l’utiliser avec prudence. Il est temps que j’accepte ma place pour créer un système social qui soutienne tout le monde. Je ne peux pas attendre davantage pour m’identifier à une adulte – il faut que ça change immédiatement. Je veux aider les autres étudiants des petites villes comme moi qui viennent à Montréal pour leurs études universitaires. Je ne veux pas qu’ils aient peur de marcher dans la rue comme moi aujourd’hui. Il faut que je lutte pour la sécurité des citoyens, ça c’est mon but. C’est un enjeu qui m’a affecté, et il est de ma responsabilité de proposer une solution. Je ne sais pas comment mais je sais que j’apprendrai.

Maintenant, je ne peux pas dire que je suis simplement une personne qui vient d’une vie assez simple. Maintenant, je me rends compte que je n’habite pas dans un cercle d’utopies. Autour du monde d’aujourd’hui, les identités sont créées par les problèmes de la société ; une manifestation représente plus qu’une idée puissante mais une grande frustration envers le système qui explique justement notre société d’aujourd’hui. Maintenant, je crois que les étudiants occupent la meilleure place pour proposer un changement.

Vous me manquez ainsi que le paysage de notre communauté si petite et solidaire. Montréal m’a changée. On doit se découvrir à l’université. Cependant, je n’oublie jamais qui je suis, et je me souviens que je suis encore votre petite fille. Je suis impatiente à l’idée de ma prochaine visite chez nous. J’ai besoin de nouvelles lunettes. Écrivez-moi bientôt !

Je vous embrasse,

Mathilde

Par Naomi Garrett, Claire Llewellyn, Lorna Cantalare, et Daniel Carter

 
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