Vert citron et blanc
3 avril 2012
Une vie indésirable ?

Les sages disent que l’expérience est le meilleur professeur. Je ne suis pas d’accord. Je pense qu’elle est le pire, car elle donne des examens sans aucune préparation. Une expérience ici, à Montréal, m’a donné l’examen le plus indésirable de ma vie, un que je n’ose expliquer à personne. Heureusement, je t’ai, toi, même si tu es encore à French Lick en Indiana, à presque deux mille kilomètres de moi.

Tu sais que c’était mon dix-huitième anniversaire la veille de mon arrivée à McGill. Alors, quand je suis arrivée ici, je pensais seulement à l’événement « Frosh ». Frosh  existe pour que les étudiants de la première année puissent consommer tout l’alcool qu’un vaisseau humain puisse contenir. Pour moi, qui viens d’une petite ville des États-Unis, c’était l’épitomé de la liberté. C’était la vie désirable.

Sur le terrain de foot de McGill dans les foules d’étudiants, j’ai commencé avec un verre de bière. Après cinq bières, les couleurs autour de moi commençaient à se mélanger. Sur le terrain, il y avait une telle cacophonie : les étudiants vociféraient en même temps que la basse de la musique ricochait des murs des bâtiments à proximité. Dans la chaleur d’août, l’air empestait  l’alcool et la sueur. Je me suis sentie euphorique. Mon chef de Frosh m’a tenue par l’épaule pour me dire quelque chose ; quand je l’ai regardé, j’ai eu l’impression d’avoir deux personnes en face de moi.

Puis je suis allée dans un bar. Les gens m’ont donné des doses de toutes les couleurs d’un arc-en-ciel, une après l’autre. J’ai échangé une dose de vert citron avec un grand bel homme. Il m’a chuchoté de l’accompagner chez lui pour explorer d’autres couleurs. Je ne veux pas me rappeler le reste de cette histoire, même si je pouvais. Il suffit de dire que toutes les couleurs du soir m’ont envahie. J’ai défailli sur le caniveau entre Peel et Sherbrooke.

Maintenant tout ce à quoi je pense, c’est que j’aurais dû t’apporter à Montréal. Toi, qui as partagé mon lit depuis que je t’ai reçu pour mon cinquième anniversaire. J’avais pensé que je n’aurais pas besoin de toi ici. Je me suis trompée. Même si cela semble ridicule, sans toi je me sens perdue.

Finalement, je suis certaine d’une seule chose : je ne désire plus la vie « désirable ». Maintenant je me concentre complètement sur ma mission ici : vivre une vie responsable et compléter mes études pour que je puisse avoir une vraie vie désirable.

Carmina Ravanera, Graham Kolle, Pierre Lubin, et Priya Maini

 
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