Les feuilles d’or
3 avril 2012
Les mois passaient lentement et elle laissait sa vie défiler sans donner de signes d’espoir.

Elle marchait à travers la ville jour après jour ; elle passait les mêmes dix pâtés de maisons chaque matin et chaque soir. Elle regardait ses pieds sur le ciment gris. Elle suivait cette nouvelle habitude parce qu’elle s’inquiétait d’où ses pieds tomberaient sur la terre si elle s’écartait du chemin. Elle se sentait comme un petit vairon dans un océan de ciment et de bâtiments. Elle avait honte d’avoir envie du confort de son petit étang. Avant qu’elle ne soit partie de chez elle, quelqu’un lui avait dit où elle devait aller. C’était la même chose partout, quelqu’un lui disait « vas là », « fais ça », « sois qui je veux ». Pour une adolescente normale, cette façon de vivre serait un cachot, mais pour elle, c’était une couverture de sécurité. Elle ne posait jamais de questions, mais elle recevait toujours une réponse.

Cela faisait quelques mois qu’elle était toute seule dans le grand centre-ville. Elle était coincée dans la routine qu’elle avait établie. Mais ce jour-là, tout a changé. Comme d’habitude, elle marchait en regardant tout droit sur le ciment gris et elle n’a pas vu l’homme avant qu’elle ne se heurte à lui.
“Eh! Fais attention!”
Elle a essayé de le dépasser sans le regarder, mais il l’a arrêtée.
« Ma belle, si tu regardes toujours tes pieds, tu ne vas jamais voir le monde. Fais quelque chose par toi-même aujourd’hui »
Puis il est parti. Cela a été le moment où l’habitude a été rompue.

Elle a marché à la hauteur de la montagne et elle a été libérée de la ville pour la première fois. Au sommet, le soleil brillait et les feuilles absorbaient ses rayons. La transpiration lui a couvert le visage et elle a tout regardé comme si elle avait été aveugle ces derniers mois. Elle a regardé la ville d’en haut, les bâtiments et le ciment gris sur lequel elle marchait chaque jour et elle a compris qu’elle ne pouvait pas les reconnaitre parce qu’elle ne les avait jamais vus. La fille voyait pour la première fois la manière dont les rayons brillants communiquaient avec le ciment gris, et comment son bonheur a tout d’un coup avalé sa tristesse. Elle a regardé le ciel, et les rayons du soleil l’ont embrassée et elle les a embrassés en retour. Elle a pu comprendre à ce moment comment une chose vraiment si simple, une rencontre par hasard, peut tout faire basculer. Elle est descendue en bas de la montagne avec les larmes aux yeux, mais qui ne tombaient jamais. Elle savait que ce chagrin existait plus tôt, mais à ce moment-là, elle a réalisé que tout allait changer dans sa vie.

Après son déménagement à la ville, elle avait cherché le confort dans la routine. Elle avait eu peur de prendre des décisions elle-même, de contrôler sa vie pour la première fois et de n’avoir personne pour lui dire ce qu’elle devait faire. Alors, elle avait choisi de regarder le ciment gris et de continuer sans regarder devant elle. Elle comprend maintenant qu’il faut qu’elle regarde, qu’elle pose des questions et prenne des décisions. Elle prend sa vie dans ses propres mains au lieu de la laisser passer devant ses yeux fermés. Elle sait qu’elle a la terre ferme sous ses pieds. Enfin, elle essaie de porter son propre poids. Pour la première fois, elle est sur une nouvelle voie mais la décision est à elle et elle pense savoir où aller.

Leeza Soulina et Katrina Gibbs

 
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