Elle
3 avril 2012
​Les feuilles se développent, rougissent et tombent.

Un vieil homme s’assoit sur un banc pendant qu’il observe les étudiants qui se dépêchent d’aller en cours. L’idée de faire une promenade avec elle est attrayante. Un nouvel amour, ils se prennent la main. D’anciens immeubles victoriens au milieu de grands bâtiments modernes l’encerclent. Ici il a passé les meilleures années de sa vie avec elle. Elle est complexe et il se demande s’il arrivera un jour à la comprendre. Malgré le fait qu’il est obsédé par cette difficulté, il aime apprendre d’elle. Ils forment une bonne équipe. Elle lui donne un lieu de confort et il l’apprécie avec la reconnaissance et la promesse qu’il la protégera toujours. La montagne au-dessus de l’université captive son regard pendant quelques minutes. Ses yeux scrutent les douces courbes qui brillent dans le soleil. Il se plonge dans l’obscurité et imagine qu’il les caresse avec passion. Pendant que le soleil se couche, il dépense toute son énergie à marcher avec elle jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Ils arrivent dans le Vieux-Port en silence. Ses os souffrent de douleurs lancinantes, mais il ferait n’importe quoi pour elle. Elle est élégante, le passé a laissé des rides, mais elle les porte avec fierté ; elles sont le symbole de sa sagesse. Il examine les environs, elle est dans chaque rue, chaque parc, chaque monument. Puis il s’est trouvé en face de la place où il a travaillé pendant trente ans. Il se rappelle les quelques fois où il a couru au métro. Chaque jour, il essaie de rester un moment de plus après déjeuner pour l’embrasser  et la serrer dans ses bras, avant d’aller au travail.

Il a tourné le dos et marché jusqu’à la fin du quai. Il ouvre sa poche et enlève une photo. Il prend un moment pour regarder le visage de sa femme défunte, les larmes aux yeux. Ces mains laissent tomber la photo  dans l’eau – c’est le temps de la laisser passer. Il se tourne vers la ville et il regarde la seule chose qui a toujours été constante dans sa vie. Elle chuchote dans ses oreilles « je ne partirai jamais ».

Nadir Chaudhry, Hsuan Wen Tsai, Andrea Mendoza et Sophie Rutherford

 
Sur le même sujet:
3 avril 2012
3 avril 2012