Même mon ordi est en grève
27 septembre 2011
Il était malade depuis quelque temps déjà. Son énergie, au plus bas, ne faisait que décroître au point où il fallait toujours qu’il soit connecté à son soluté.

Je l’avais aidé à rencontrer un spécialiste avec qui il avait pu partager ses dernières volontés. De son lit de mort, il m’a chuchoté des mots qui ne faisaient pas beaucoup de sens au premier abord, puis j’ai compris: obsolescence programmée!

Mon ordinateur portable, après cinq ans de loyaux services, expire présentement entre mes mains. Je le regarde s’essouffler, se déconnecter et s’éteindre depuis une semaine déjà, sans pouvoir rien n’y faire. De toutes façons, quelles sont mes options, en tant qu’universitaire occupée et pas trop fortunée, pour pallier à un ordinateur qui mange les pissenlits par la racine? Jeter? Réparer? Remplacer?

L’obsolescence programmée, c’est lorsqu’une compagnie fait en sorte que ses produits deviennent désuets après un temps extrêmement court. Par exemple, lorsque la première version de votre appareil photo n’est plus à la mode après six mois, vous êtes confronté à l’obsolescence programmée. Lorsque vous tentez de remplacer des pièces dans votre ordinateur portable qui vieillit et qu’il n’y a plus de pièces compatibles sur le marché, vous faites face à l’obsolescence programmée. Pourtant, notre réflexe est souvent de s’émerveiller en disant: «La technologie avance si vite! Dans quel monde incroyable vivons-nous!» plutôt que de s’indigner face à la durée de vie raccourcie de nos engins.

La Fédération canadienne des enseignantes et enseignants (FCE) publiait samedi dernier une étude révélatrice (lire un peu d’ironie ici): «Internet et les réseaux sociaux influencent l’identité francophone des élèves qui évoluent dans les milieux minoritaires», soutient la FCE. Si l’on se fie à leurs chiffres, 93% des élèves détiennent un «appareil de poche». Bien sûr que les médias, technologies et autres gugusses 2.0 influencent notre vie! Notamment quand l’on sait qu’à peu près toutes ces machines du futur utilisent l’anglais comme première langue, mais aussi en comptant à quel point Twitter, Facebook et les textos abrutissent la plume et font perdre les derniers soubresauts de grammaire…

Non seulement nous VOULONS maintenant tous avoir le téléphone portable intelligent, l’ordinateur dernier cri et le lecteur de musique le plus petit possible, mais nous DEVONS nous les procurer pour rester compétitifs sur le marché de la connaissance et de l’expertise. Prenez l’exemple du collège Saint-Jean-Vianney, une école secondaire privée qui annonçait en grande pompe la semaine passée: «Pour l’année scolaire 2011-2012, le Collège St-Jean-Vianney se place à l’avant-garde des nouvelles technologies en mettant à la disposition des enseignants et des élèves plusieurs iPads.» Fière d’être la première institution secondaire à utiliser l’iPad, ce qui semble le plus choquant, d’après moi, c’est la promesse qu’en 2012, «ce sont tous les élèves de première secondaire qui possèderont l’iPad.» Et comment se le paieront-ils, cet iPad? Que ce soit les élèves, les parents ou les payeurs de taxe, la surcharge de frais imposés créera un précédent dans le mode de vie de ces jeunes étudiants.

Les étudiants sont pauvres et s’endetteront de plus en plus, selon le rapport soumis par la FEUQ-FECQ début septembre. Et en 2012, les frais de scolarité au niveau universitaire auront commencé à augmenter de manière dramatique.

Nous nous endettons et nous nous demandons pourquoi? Il s’agit de regarder nos standards de vie pour cesser aussitôt de nous questionner. Nous avons le train de vie de PDG; nous désirons avoir la technologie de pointe pour être joignable en tout temps, dans toutes les circonstances. On ne s’arrête jamais car on n’a pas de raisons de s’arrêter; notre temps doit à tout prix être rentabilisé, que ce soit dans le bus ou dans nos cours, nous ne nous laissons aucun moment de répit. Et la technologie est là pour nous aider dans cette démarche de folie. Nous nous en rendons compte quand, soudainement, notre ordinateur portable nous meurt dans les mains.

 
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