Novthographe
6 septembre 2011
Si vous avez quelque intérêt pour les dictionnaires, vous savez sûrement que l’édition 2012 du Petit Larousse illustré, parue récemment, choisit d’intégrer la nouvelle orthographe directement dans les entrées, juste après l’ancienne, celle-là ayant été jusqu’alors comprise dans quelques feuillets au début de l’ouvrage.

Cette orthographe dite nouvelle, presque inusitée dans les grandes maisons d’édition et les publications périodiques, se voulait être une simplification de la scélérate orthographe françoise, et que les immortels tentèrent d’imposer sans grand succès il y a plus de vingt ans déjà. C’est donc, d’après l’Académie française, que nous devrions écrire non pas «des après-midi» mais «des après-midis», «maitre» et non plus «maître».

Pourquoi tant d’efforts, et si peu de résultats? Les efforts tendent à rendre l’orthographe plus accessible, les incorrections moins fréquentes et aussi tentent d’homogénéiser tout ce bordel impénétrable de règles, d’exceptions, d’impuretés qui nous rendent la vie invivable. Les résultats, quant à eux, répondent bien peu aux attentes des académiciens -le jour où l’Académie arrivera à imposer quoi que ce soit- puisque la réforme laisse à la discrétion des nombreux organismes de régulation et d’enseignement de la langue des nombreux pays où le français est langue officielle ou d’usage d’intégrer, ou non, la «NO» dans leurs livres. D’autant plus que l’orthographe de nos parents, que l’on doit maintenant qualifier d’ancienne, n’est pas pour autant incorrecte, et reste d’usage fréquent chez la plupart des scripteurs du français.

Déjà que ce n’était pas simple de parler notre belle langue quand il n’y avait qu’un canon, et qu’on nous condamnait au ban, au coin, en cas de «faute» de français (rappelez-vous, avant les correcteurs orthographiques); maintenant on nous en donne deux, l’une, traditionnelle, aussi complexe que l’autre, réformée, «simplifiée», si bien qu’il est pénible pour le néophyte de distinguer l’une de l’autre ou des usages incorrects.

Au Québec, on prône la nouvelle orthographe pour l’enseignement primaire et pour les ouvrages de référence (comme le Grand dictionnaire terminologique, ou le Multidictionnaire de la langue française), mais rien n’est imposé, même si parfois on voit dans la rue ou ailleurs des exemples d’utilisation de la NO, et ces questions sans grande importance sont bien souvent ignorées. C’est en Belgique que la NO trouve le plus d’adeptes, les Belges francophones ayant choisi de ne pas soutenir la coexistence de deux orthographes et ayant adopté la réforme pour la plupart des branches de l’enseignement et de l’administration. En France, bien sûr, on s’en contre(-)fout, et les rectifications passées dans la langue courante le sont bien souvent de façon inconsciente. Ici au Délit, on fait moite-moite, avec pour souci de servir le lecteur en lui assurant homogénéité, lisibilité et cohérence tout au long de nos pages et tout au long de l’année; entre ortho traditionnelle et réformée, typo conventionnelle et simplifiée, ici on a de la place pour tout et pour tous, même pour les coquilles.

Alors pourquoi cette année seulement la maison Larousse a-t-elle décidé de prendre le pas d’autres éditeurs comme Hachette, Littré ou Québec Amérique, faillant selon certains à sa réputation de «meilleur dictionnaire français»? Marketing? Coup médiatique? La maison d’édition dit vouloir se référer à «l’usage»; quant à moi je vous encourage à utiliser le Robert.

 
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