Vert et blanc
5 avril 2011

Chère Aliyah,

Bien que je sois vraiment heureux de vous écrire finalement, mes nouvelles ne sont pas bonnes. Ne t’inquiète pas, je suis en bonne santé, mais j’ai déjà été confronté à d’immenses problèmes depuis mon arrivée. J’ai visité tous les bureaux de l’administration, de médecins et d’emplois, et je commence à me rendre compte que ce pays n’est pas comme je l’imaginais.

Je pensais que ce pays était notre chance pour une vie meilleure. Je souhaitais pouvoir travailler comme médecin, gagner plus d’argent et vous faire venir au Canada. Quand je suis arrivé, j’ai été désolé d’apprendre que mes qualifications de médecin n’étaient pas valides à Montréal. J’ai envisagé de retourner à l’école pour devenir un vrai médecin canadien, mais cela prendrait plus de cinq ans d’études et pour notre bien-être à tous, j’ai besoin d’argent immédiatement.

Pendant la semaine, j’attends, dans la rue Sainte-Catherine, les étudiants et les gens d’affaires. La plupart du temps, j’attends dehors près du Complexe les Ailes, un centre commercial. La rue est toujours animée et comme la majorité des rues du centre-ville, elle est à sens unique. Les vendredi et samedi soirs, j’attends, boulevard Saint-Laurent, les jeunes qui sortent des discothèques. Cela est vraiment différent de notre culture. Les jeunes femmes s’habillent très différemment de chez nous aussi. L’homosexualité est même acceptée! Je ne sais pas si je pourrai tolérer ces gens beaucoup plus longtemps. Je sais que je suis moins ouvert que les gens de Montréal. Au moins, quelques-uns d’entre eux vont à l’église tous les dimanches. J’attends dans ma voiture près de la Basilique Notre-Dame et guète les vielles femmes qui sortent à la fin de la messe. Les gens pratiquent leur religion bien moins que nous et il y en a quelques-uns  qui ne pratiquent même aucune religion. Vous avez encore de la chance de pouvoir pratiquer la nôtre en ces moments difficiles. Je trouve qu’il est beaucoup plus difficile d’exprimer mes sentiments religieux ici, à Montréal.

Je suis les nouvelles chaque soir pour être au courant des évènements en Libye. Chaque jour je deviens de plus en plus nerveux pour votre sécurité. Vous savez que je n’avais pas le choix de rester et que j’ai dû quitter la Libye, mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de regretter ma décision. Malheureusement la révolution est devenue si chaotique que le gouvernement ne me permettrait pas de revenir. Si j’avais pu prévoir que cela arriverait, je n’aurais jamais quitté notre maison et notre famille. Sache que je fais tout ce que je peux pour que tu reçoives l’argent immédiatement et je prie pour la fin du règne de Mouammar Khadafi. Quand j’ai commencé mon emploi comme chauffeur de taxi, j’affichais le drapeau vert de notre patrie avec fierté, mais maintenant je ressens plus de honte que de fierté.

Ton cher époux

Paul Sauer, Charles Lailey, et Anna Kanduth

 
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