Une ogresse affamée
5 avril 2011
Dynah Psyché plonge en plein coeur de la Martinique, entre réel et surnaturel, dans L’Ogresse.

C’est l’histoire d’un don. Un don envahissant. Un don dévastateur. Un don qui contrôle la vie de l’Ogresse, la narratrice. Et, chose certaine, «certains dons sont difficiles à porter».

Descendante d’Euzèbe le Cannibale, l’Ogresse raconte son histoire, l’évolution de son don qui contrôle tous ses faits et gestes, la poussant à une boulimie extrême qui lui vaut sa réputation de mange-tout. Un drôle d’héritage dont l’Ogresse a appris à s’accomoder. Bien qu’elle le déteste, elle n’a pas le choix: quand le don veut quelque chose, il l’a. «Le don est le grand maître. C’est lui qui pense et qui décide.» Elle ne peut aller contre lui et décide donc de l’apprivoiser.

Dès son plus jeune âge, Sophonie s’adonne à diverses expériences gustatives: dégustations de rognures d’ongles, de crottes de nez, d’insectes en tout genre, de casseroles, de bijoux.

Oui, Sophonie, ne la regardez pas comme ça, il paraît qu’elle avale des pierres…

– Pas seulement les pierres… La terre aussi. Et le sable…

– Et le fer… Elle mange tout !

– La viande, le sang, la peau, les yeux, le bec, les pieds… Je me demande où ça va la mener, cette voracité…

Cependant, un événement vient tout bouleverser: la découverte du doigt d’un enfant, un auriculaire qu’un coutelas abandonné blesse, au grand plaisir de Sophonie.

J’en ai d’abord testé la résistance avec les lèvres, j’ai perçu la soie de sa peau de bébé, sa fermeté, et j’ai croqué, en fermant les yeux. Juteux. Salé. Sucré. Dur. Mou. Dur encore. Élastique. Cartilagineux.

Suprême. Un vrai dessert.

Une nouvelle ère

commençait.

Le don grossit, sa dictature se faisant de plus en plus pressante. Et quand il finit par prendre totalement le dessus, l’Ogresse se transforme en animal, traquant sa proie, à l’affût de la moindre odeur alléchante.

Tandis que moi, je ne suis qu’une sensation: le goût. Tout, chez moi, est basé dessus. Il domine le reste. Ma vie se définit en saveurs, dans une variété des milliers de fois plus riche que les classifications d’usage.

De nombreux personnages évoluent autour de l’Ogresse: Euphémie, entre autres, celle qui pousse Sophonie à s’enfoncer dans le don, et Kongo, le passeur de don, envers qui la narratrice se sent irrésistiblement attirée bien malgré elle. Encore une fois, «c’était la volonté du don, pas la sienne». Dynah Psyché conte la vie de l’Ogresse sur un fond d’histoire familiale digne des tragédies grecques où les amours interdites –adultères et incestes– et le don tracent le destin de chacun et ne leur laissent pas le choix d’y échapper. Comme le dit la narratrice: «c’est le don qui veut ça». Un arbre généalogique sommaire, ainsi que des références à des personnages des précédents romans de l’auteure rendent toutefois le récit opaque à certains endroits.

L’originalité du propos vient rehausser le niveau de l’écriture qui manque de rythme par moment. Le récit finit par s’enliser dans de nombreuses répétitions, qui, malgré une thématique appétissante, laissent le lecteur sur sa faim.

 
Sur le même sujet:
15 février 2011
25 octobre 2016