Requiem pour un gars n.o.r.m.a.l.
3 novembre 2009
Être punk à Québec: le triangle des Bermudes.

Après un premier roman qui donnait à penser que l’auteur avait créé un pastiche plus ou moins adroitement contrôlé du quotidien d’un «accro du vinyle », la deuxième publication d’Alain Cliche aux Éditions Trois-Pistoles présente cette fois une version non romancée de la vie d’un jeune homme évoluant dans le milieu punk du début des années quatre-vingt. Alors que les premiers chapitres de Normal! laissent croire à une vision nihiliste et déjà vue du quotidien d’un adolescent qui mûrit en marge de la culture d’une ville jadis beaucoup plus grouillante au niveau «underground» qu’elle ne l’est de nos jours, les chapitres suivants permettent au lecteur de plonger dans les hantises que ruminent les personnages.

Oscillant entre les bas-fonds de Québec et de Montréal et les fins fonds des champs de tabac de l’Ontario, où tout semble tourner au vinaigre, l’action décrite par Cliche garde une certaine aura tout en refusant de tomber dans une nostalgie qui détruirait le propos extrêmement subjectif du livre. Ce n’est pas sans rappeler la qualité descriptive froide de Brett Easton Ellis, particulièrement dans Less Than Zero (autre récit mêlant l’univers punk à la déchéance adolescente), que Cliche dépeint des frasques noires et des situations tout aussi embarrassantes qu’immondes. Rien n’est épargné par souci de paraître politiquement correct. L’esthétique «what you see is what you get» reste donc intacte, et si l’auteur parle des trips de PCP d’un copain ou des déboires sexuelles d’une amie de l’époque, il s’attend lui-même dans un coin avec une brique et un fanal en traitant des morpions qu’il a choppés un soir.

Normal! porte aussi l’empreinte d’un véritable nerd du punk rock, à l’inverse de tant de livres effleurant à peine autre chose que les Clash et les Ramones. Alain Cliche titille les sens des mélomanes en mentionnant des groupes tels The Residents, Public Image Limited (qui sert carrément de trame sonore au livre), Peter Tosh, Kraftwerk, Ultravox et compagnie.

Quoique le lecteur fana de culture «marginale» ne ressorte pas trop transformé, si ce n’est que par un arrière-goût de désolation et une envie de ne pas avoir à tendre miroir similaire à ceux d’une génération à venir, le néophyte trouvera dans Normal! une porte d’entrée vers une aventure estampillée du sceau «slumming», aux allures de freak show.

Normal!, d’Alain Cliche
Éditions Trois-Pistoles
24,95$

 
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