Noir et Blanc
5 avril 2011

Cher voisin,

Cela fait seulement deux semaines que j’ai déménagé à Montréal avec Craig. Nos parents ont voulu que nous vivions ensemble pour qu’il puisse s’assurer que j’assume mes nouvelles responsabilités comme étudiant et joueur vedette dans l’équipe de hockey de l’Université McGill. Mon père m’a dit que l’université serait une expérience inoubliable et que j’aurais l’occasion de laisser rayonner mes véritables couleurs hors de l’Alabama. Quelle horreur que je vis ici ! Même dans une ville mille fois plus libérale que celle où j’étais emprisonné, ma déformation me rend encore plus incapable. Mes parents, mon frère, et mes nouveaux coéquipiers endossent mon esprit et ma réputation comme américain fort et traditionnel. Je ne sais pas pendant combien de temps encore, je pourrai continuer à vivre cette vie quotidienne. Il est déjà assez difficile que mon frère me surveille chaque jour. Même sans mots, ses regards me font ressentir l’échec de ma famille. Il est capitaine de l’équipe, physiquement parfait, et reçoit l’attention de toute l’équipe et des filles. Et maintenant je suis son successeur potentiel.

Alors ce soir, je dois sortir avec mon équipe pour célébrer notre succès de ce matin dans un match contre Concordia. Comprends moi bien, j’aime mes coéquipiers, mais je suis fatigué de faire le même rituel masculin dans les bars et clubs, de
boire excessivement et d’être forcé d’amener quelqu’un chez moi, juste pour justifier que je suis un homme. Donc, je pense que je vais faire ce que je fais tous les soirs, j’éviterai les gars, je boirai autant que je le pourrai et ensuite je sortirai discrètement du bar pour rentrer chez moi. Je devrai enfin répondre à un nombre infini de questions de la part de mon frère, demandant où j’étais et quand je suis parti pour, à la fin, lui mentir, lui dire que je me sentais mal ou que je n’étais pas d’humeur. Je ne pourrais pas lui dire la vérité, que c’était à cause de ma déformation !

De toute façon, je suis sorti avec mon équipe. Nous sommes tous allés au club et l’équipe de Concordia était là aussi. Évidemment, les deux équipes ont commencé à se mêler. Mon frère s’est approché de moi et a commencé à se moquer de l’un des joueurs de Concordia, un gars calme qui semblait timide. À ce moment précis, je me suis souvenu de moi à travers lui mais j’ai tenu enfermée cette pensée dans ma tête. Plus tard, j’ai décidé de partir. Au moment où je partais,  je suis tombé sur le gars et j’ai croisé son regard. Nous nous sommes regardés dans les yeux et nous avons tous deux vu la peur, les mêmes peurs avec lesquelles j’ai vécu toute ma vie et j’ai paniqué. J’ai quitté rapidement le club sans lui dire un mot, mais en espérant que personne ne verrait ce qui s’était passé. Personne ne pouvait savoir, pas lui, certainement pas lui, car il pourrait être la même personne que moi.

Finalement, je me trouve chez moi, devant mon ordinateur, à vous écrire cette lettre. J’espère que vous pourrez comprendre, la vie n’est pas juste et ne devrait pas être comme ça. Je crois que vous le comprendrez bien.  Je ne pense pas que ce soit ma faute mais je ne sais pas vraiment grand chose sur mes émotions.  À Montréal, il me semble que mes sentiments sont normaux, mais chez moi, ma famille, mes amis, mes coéquipiers, comprennent-ils vraiment ? Je suis fatigué d’être dans un piège, je veux que les gens comprennent que je suis la même personne. Je suis encore un homme, je peux encore pratiquer les mêmes sports, manger la même nourriture, écouter la même musique et porter les mêmes vêtements, mais si j’aime un autre homme, est ce qu’ils penseront la même chose ? La réponse a cette question comme ma vie n’est pas toujours noire et blanche.

Amitiés,

Jean

Avery Calder, Courtney Nelson, et Conrad Zawadzki

 
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