De la terre pour reconstruire Haiti
29 mars 2011
Conférences sur la construction durable dans les pays en voie de développement les 23 et 24 mars à l’Université McGill.

Le conférencier Kevin Rowell, propriétaire de l’entreprise de construction californienne The Natural Builders et directeur de programmes pour Kleiwerks International, a notamment abordé la question de la reconstruction d’Haïti. Son équipe coopère avec la communauté haïtienne afin de rebâtir des logements durables, à partir de matériaux locaux et en respectant l’architecture traditionnelle et l’environnement.

Le travail de reconstruction de Kevin Rowell en Haïti se déploie en de multiples facettes. Celui-ci collabore tout d’abord avec le Fonds mondial pour les monuments dans le but de préserver l’architecture traditionnelle haïtienne. Ils font également partie d’un programme mis en place par les Nations Unies visant à utiliser des matériaux traditionnels. Des programmes éducatifs en collaboration avec les communautés et professionnels haïtiens seront bientôt mis en place afin d’améliorer les technologies utilisées en construction.

Par des Haïtiens, pour des Haïtiens

Des matériaux durables créés à partir des ressources haïtiennes et par des compagnies haïtiennes, voilà un des objectifs du travail de Kevin Rowell. «Cela crée un système interne plus durable» affirme-t-il. Il souhaite voir les fruits du travail de reconstruction profiter aux Haïtiens. «Le ciment, un des ingrédients les plus utilisés dans la construction moderne en Haïti est entièrement importé» déplore-t-il. Des matériaux haïtiens permettraient d’injecter de l’argent dans la communauté et de créer des emplois.

De plus, l’utilisation du béton, malgré ses avantages, est néfaste pour l’environnement. «Dans le contexte environnemental actuel, un matériau devrait certes résister à de multiples intempéries, mais devrait également protéger l’environnement» soutient le directeur de programmes de Kleirwerks international.

Dans cette optique, le bambou est un bon exemple d’un matériau de construction durable, écologique, qui empêche l’érosion du sol et qui est produit par les Haïtiens. «Il y a plusieurs types de bambous, le pays a un climat très propice à la culture de celui-ci» souligne Kevin Rowell. La culture du bambou fait d’ailleurs partie des possibilités envisagées par le Ministère haïtien de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du développement Rural pour la reforestation du pays.

Aussi solide que du béton

Le conférencier certifie que les briques faites à partir de terre ou de tout autre matériel traditionnel sont tout aussi en mesure de résister aux tremblements de terre que celles fabriquées en ciment. «Les méthodes traditionnelles de construction au Japon étaient considérablement résistantes au tremblement de terre, même il y a des centaines d’années», s’enthousiasme-t-il en faisant référence aux récents tremblements de terre qui ont ravagé la région. Il témoigne d’ailleurs que les bâtiments là-bas, incluant ceux plus traditionnels, ont largement résisté aux tremblements de terre; il avance qu’«un plus grand pourcentage des décès sera probablement associé à l’inondation plutôt qu’à l’effondrement de bâtiments».

L’Occident, loin d’être exemplaire

Plus proche de nous, en Occident, Kevin Rowell considère que les progrès en matière de construction écologique se sont faits davantage au niveau de la sensibilisation que dans le concret. «Je suis inquiet qu’une fausse impression ait été créée.» Nous sommes encore loin de ce que pourraient être de vrais bâtiments verts. «La dégradation de l’environnement ne fera qu’empirer avec l’augmentation de la population planétaire. Nous ne pouvons pas nous arrêter ici, nous devons continuer à dépasser les limites», rappelait enfin le conférencier et propriétaire de The Natural Builders.

 
Sur le même sujet:
23 novembre 2010
18 janvier 2011