Tourisme, écotourisme ou rester chez soi?
9 mars 2011
Il y a quelques heures à peine, je débarquai au terminal de l’aéroport de Montréal avec une plus grande empreinte écologique en poche.

Les voyages forment la jeunesse! Aller voir ailleurs, ça ouvre l’esprit! En voyageant, on fait de belles rencontres, on découvre le monde! Oui, plusieurs bonnes raisons de voyager, mais à quel prix? Les avions sont une source majeure d’émission de gaz à effet de serre: un vol aller-retour en Europe équivaut environ aux émissions de carbone d’une voiture durant toute une année! Pourtant, avec l’ère de la globalisation et de la mondialisation dans laquelle nous vivons, les gens n’ont jamais autant voyagé.

Gracieuseté de www.uantarctic.org

Je reviens d’une expédition en Antarctique avec le programme Students on Ice qui vise à fournir à des étudiants de partout dans le monde une occasion de vivre une expérience inspirante afin de forger une nouvelle compréhension des changements climatiques. C’est contradictoire, non? Devant un glacier d’une beauté incomparable, je ne pouvais m’empêcher de penser que je contribuais au problème même. J’ai longtemps réfléchi avant de me rendre là-bas.

Doit-on limiter le nombre de voyages en Antarctique pour une plus grande préservation du milieu? ou peut-on utiliser cet endroit comme une meilleure salle de classe? En faisant l’expérience d’un des endroits les plus affectés par les changements climatiques sur le globe et d’entrer en contact avec lui, les gens deviennent des ambassadeurs, essentiels à la protection de ce milieu et capables de devenir des agents de changement; mais on ne peut s’y rendre qu’en utilisant des énergies fossiles pour le moment. Cercle vicieux.

On estime à environ 45 000 le nombre de personnes qui se rendent en Antarctique chaque année, pour du tourisme en croisière ou pour la recherche scientifique. Une présence importante pour une région si éloignée, mais qui demeure tout de même minime si on la compare par exemple aux 800 000 personnes qui se rendent au Machu Picchu seulement. Oui, le tourisme international contribue de façon importante aux changements climatiques. Il serait intéressant d’évaluer la proportion de l’impact de l’activité humaine sur le septième continent par rapport au reste du tourisme global. Devrait-on limiter ce nombre? La légitimité du tourisme blanc peut être remise en questions s’il s’agit d’aller y prendre des photos de pingouins et d’avoir une étampe de plus dans son passeport. Par contre, c’est aussi un moyen d’augmenter notre compréhension du fonctionnement de notre planète, les pôles jouant un rôle clé dans le système climatique planétaire. Comprendre est la première étape pour mieux agir. Certaines des recherches qui se poursuivent en Antarctique à ce jour sont essentielles pour comprendre le phénomène des changements climatiques.

Alors, est-ce que nous devrions tous rester chez nous, ne plus sortir qu’en voiture et prendre quelques semaines pour conduire et se rendre au Machu Picchu? Les voitures fonctionnent toujours au pétrole, le problème n’est pas résolu de si tôt. On entend parfois parler d’écotourisme pour limiter l’empreinte écologique des activités touristiques. L’intention est bonne, si l’idée est bien implantée. On peut facilement observer certaines compagnies qui utilisent ce terme comme moyen de marketing alors que les impacts sur le terrain ne sont pas réellement moindres. Il existe aussi des programmes de compensation des émissions de carbone pour subventionner des projets qui réduisent la quantité de carbone dans l’atmosphère. C’était le cas pour notre expédition qui était carbone zéro au bout de la ligne, mais soyons réaliste, ce n’est qu’une fausse solution qui permet toujours de polluer. La vraie solution réside plutôt dans une transition de notre mode de vie loin des énergies fossiles. Students on Ice développe en ce moment le projet d’un bateau fonctionnant entièrement grâce à des énergies renouvelables, une initiative qui donne beaucoup plus de sens à ce genre d’expédition éducationnelle.

 
Sur le même sujet: