Marcher pour la justice sociale et environnementale
17 décembre 2010
Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques à Cancun, Mexique. Troisième volet d'une série de cinq articles par une membre de la Délégation de la jeunesse canadienne.

«¡El pueblo unido jamás será vencido!» [Le peuple uni jamais ne sera vaincu!] Les slogans fusaient dans les rues de Cancun le mardi le 7 décembre. Une marrée de drapeaux, des bannières et surtout des milliers de personnes ont participé à la marche «Pour la vie et la justice sociale et environnementale». Organisée par Via Campesina, un mouvement international d’agriculteurs, cet événement était un point central de la campagne Un millier de Cancuns qui visait à reproduire de tels rassemblements partout dans le monde en solidarité avec la marche de Cancun, qui coïncidait avec l’arrivée d’une quarantaine de ministres à la CdP16 (16e Conférence des Parties).

Trente-six caravanes, qui ont traversé dix-sept états du Mexique pour se retrouver à Cancun, étaient pleines de manifestants venus d’un peu partout dans le monde, dont vingt Canadiens, mais surtout du Mexique et de l’Amérique latine. Puisque la CdP16 ne permet qu’un accès limité aux visiteurs, un forum international au camp de base de Via Campesina permettait de discuter des solutions envisagées par des personnes affectées directement par les changements climatiques et moins influencées par des facteurs politiques et économiques. Alberto Gómez Flores, représentant de La Via Campesina pour l’Amérique du Nord, a déclaré: «Il est absolument lamentable que l’espace des Nations Unies pour les changements climatiques se soit transformé en une plateforme pour légitimer les stratégies et les activités des transnationales».

Les autochtones, agriculteurs et activistes avaient plusieurs messages à lancer. D’abord, qu’il est nécessaire de faire échec aux marchés du carbone et au programme de Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts (REDD), qui ne réduit pas suffisamment l’émission des gaz à effet de serre, mais ouvre la porte à la privatisation des territoires, récompense ceux qui polluent et porte atteinte à la souveraineté nationale et à la survie des communautés autochtones.

Olegario Carrillo, directeur national de l’UNORCA a assuré qu’ «il faut qualifier au moins d’irresponsable […] l’attitude de ceux qui sont à l’origine de ces schémas de privatisation-commercialisation du monde, des forêts et de l’atmosphère nous rapprochant chaque fois plus de l’abîme»

Les manifestants revendiquent aussi une justice climatique. La marche visait à rappeler aux dirigeants politiques des pays développés leur devoir de prendre des mesures, non seulement pour diminuer leurs émissions de CO2, mais aussi pour supporter les pays en voie de développement, premières victimes de l’impact des changements climatiques.

Les agriculteurs et les autochtones étaient aussi présents en grand nombre pour défendre les droits à la Terre mère. Issue de l’accord de Cochabamba, cette idée est soutenue par plusieurs pays d’Amérique Latine. Les peuples autochtones vivent directement des ressources de la terre qui sont dégradées par l’impact des changements climatiques. Il s’agit aussi des droits de la terre, qui mérite l’environnement sain duquel elle bénéficiait avant l’ère des énergies fossiles dans laquelle nous vivons.

À la fin de la marche, qui s’est déroulée dans un esprit revendicatif et pacifique, les manifestants se sont réunis pour tenir une assemblée du peuple. Ces assemblées sont nées suite à l’incapacité des gouvernements à développer un accord international légalement contraignant pour réduire les émissions au niveau mondial.

 
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