Tintin autour du monde
1 mars 2011

En ce retour de semaine de lecture, que vous avez sans aucun doute passée à faire une tonne de lectures scolaires, j’interromps le programme habituel de «critique sérieuse de livres sérieux» pour m’aventurer dans le monde de la BD, souvent ignoré du milieu universitaire. Et qui plus est, dans la contrée du «non sérieux» par excellence, la Belgique. Hé oui, je vous propose cette semaine un spécial Tintin.

C’est que le sympathique globe-trotter à houppette a traversé dernièrement de nouvelles frontières, notamment celle de la décence publique. En effet, le blog de la revue d’art Collection affichait récemment une version revue de Tintin au Congo intitulée Tintin au Congo à poil. Tintin y est effectivement en tenue d’Adam, si l’on oublie ses espadrilles. Le dessinateur a créé plusieurs vignettes où l’on voit Tintin évoluer dans toute sa splendeur parmi les autres personnages qui ne semblent s’apercevoir de rien. Ce Tintin naturiste est dessiné avec talent et humour, mais comme on peut se l’imaginer, les images, après avoir fait un tabac sur Internet, ont été retirées du blogue. Il s’agissait presque d’une opération suicide pour le dessinateur, qui risquait certainement un procès, vue la cupidité infâme des héritiers de Hergé. Il existe toutefois de nombreuses copies de ces vignettes sur d’autres sites, si vous êtes curieux de voir ça par vous-mêmes.

Ce qui m’a étonnée de ce petit épisode, ce sont les nombreuses réactions d’indignation dans la mer de commentaires qu’ont suscitée ces images. Au milieu des encouragements et des inquiétudes quant à un éventuel procès, on retrouve une grande quantité de remarques tout à fait sérieuses comme «on ne respecte plus rien», «il n’y a plus rien de sacré», «insultant», «obscène», etc. Ces commentaires ne reflètent certainement pas qu’un point de vue isolé. En effet, Tintin reste un symbole apparemment intouchable de la belgitude. Ce qui m’amène à vous parler d’un autre voyage de Tintin, chez les siens, cette fois-ci.

À la fin du mois de décembre dernier paraissait Tintin chez les Belges, un album inédit, préfacé par Philippe Geluck (crédibilité instantanée, pour moi en tout cas). Le superbe petit ouvrage, accompagné d’un commentaire érudit de Tintinologue (oui, oui, le terme existe), est une belle sélection de vignettes de Hergé représentant Tintin en Belgique. En plus d’y recenser de nombreuses allusions à la belgitude de Tintin en voyage à l’étranger, on y apprend nombre d’anecdotes fascinantes, à citer en soirée sur le mode «saviez-vous que» pour épater ses amis (idéal pour le parfait petit littéraire qui souhaite masquer son ignorance de la BD avec un peu d’érudition). Ce livre est également un puits de renseignements sur la Belgique, et sur ses enjeux sociaux et culturels, idéal si vous cherchez à comprendre la «Révolution des frites», mouvement étudiant qui fait rage au moment même où j’écris cette chronique, avec le légendaire «non sérieux» belge.

Enfin, comme nombre d’entre vous le savez déjà, l’intrépide reporter se rendra également à Hollywood, chez l’un de ses plus illustres représentantsdu septième art, Steven Spielberg. Le réalisateur a avoué qu’il ne connaissait rien au personnage de Hergé avant de signer le contrat, tout en précisant qu’il avait depuis lors tout lu et qu’il était emballé par les aventures du personnage. Aucune inquiétude à avoir, donc: l’équipe de tournage a bien fait ses devoirs. L’un des comédiens principaux du film a même fait preuve d’une perspicacité exemplaire quant à la psychologie des personnages, si l’on en juge par les propos rapportés récemment par le magazine Première: «Tintin et le capitaine Haddock sont deux êtres émotionnellement instables, et ils vont l’apprendre l’un de l’autre». On pourra donc s’attendre sans crainte à une bonne dose de psychologisation à l’américaine dans le prochain Blockbuster signé Spielberg. Pour la répartie belge, on repassera.

 
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