Palais Royal: à gauche toute
1 mars 2011

L’écrivain mexicain Carlos Fuentes l’avait déjà suggéré dans Le Miroir enterré au sujet de l’Amérique latine, et la gauche française actuelle est en passe de le confirmer d’ici l’élection présidentielle en 2012. Le discours nationaliste-populiste relève avant tout du domaine d’expertise et de réussite de la droite. Les autres pions de l’échiquier politique feraient mieux de ne pas trop s’y aventurer s’ils veulent en sortir gagnants.

Contraints de répondre à la montée fulgurante de la nouvelle héritière de la dynastie du Front National, Marine Le Pen, la gauche contre-attaque ces dernières semaines sans avoir retenu la leçon. Elle répond au populisme de l’extrême droite par le populisme ou la démagogie, donnant une touche «monarchique» ou «royale» à leur stratégie électorale. Après tout, dans un monde où la plupart des monarques ne conservent qu’un rôle représentatif, on peut en effet se demander si les discours du nouvel an d’Elizabeth II au Royaume-Uni ne font pas plus qu’un avec les communications sans substance du Parti socialiste (PS).

Matthieu Santerre | Le Délit

«Opération Séduction» 2 en Afrique
Première en lice à cet exercice, nul autre que le premier secrétaire du PS, Martine Aubry, lors de son passage au forum social de Dakar du 6 au 11 février. Certes, les Français, Sénégalais et les autres n’ont pas eu droit à un remake de Ségolène Royal portant un boubou, comme lors de la visite de cette dernière en 2009. En échange, cependant, la fin de semaine suivante, les téléspectateurs d’un célèbre rendez-vous politique français ont tout de même dû faire les frais de longues minutes à observer Madame Aubry contempler devant les caméras les peintures d’artisans pêcheurs locaux. Quid de l’annonce de propositions concrètes pour le Tiers-monde, et de la redéfinition des relations France-Afrique qui auraient montré un réel souci, au-delà de l’image, pour la misère des populations en question? Néant. Même au micro des journalistes l’interrogeant sur les raisons de ce soudain manque de réticence à être filmée dans un contexte plus «intime», la chef des troupes socialistes s’agace, avouant ainsi à demi-mot la supercherie électoraliste de sa visite.

Copycat sauce gauche ouvrière
Ne soyons cependant pas trop durs avec Martine Aubry; la gauche de la gauche s’en donne elle aussi à cœur joie au jeu de la démagogie du FN. Pis encore, à travers l’ex-ministre socialiste et actuel co-président du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, les ficelles usées du parti d’extrême droite sont purement et simplement copiées. Traitant la gauche et la droite traditionnelle au pouvoir depuis plusieurs décennies de «véritables oligarchies» et louant les français «d’être un grand peuple» lors d’un face-à-face télévisé le 14 février avec la nouvelle présidente du FN, on ne s’éloigne guère des slogans «Contre le pacte UMPS!» ou «les français sont un grand peuple d’un grand pays» du Front nouvelle génération. Encore une fois, les propositions politiques réelles de la gauche en sont réduites à peau de chagrin: la vague idée de créer un «SMIC (salaire minimum) européen» et d’étendre la loi sur la laïcité aux anciens territoires allemands d’Alsace et de Moselle…

Une stratégie gagnante?
Alors oui, ne nous y trompons pas, la gauche française semble avoir fait le choix du populisme dans la perspective de 2012. Malheureusement, au regard de l’échec de Ségolène Royal en 2007, qui avait occasionnellement pris la ligne dure du FN dans sa campagne sur la sécurité, allant jusqu’à proposer la création de camps militaires de redressement pour jeunes délinquants, on peut douter qu’elle parvienne à transformer l’essai. En effet, comment vraiment convaincre avec de la pure rhétorique très sécuritaire, nationaliste et antisystème lorsque l’on a participé pendant des années aux politiques de Mitterrand et d’autres en partie responsables du bilan actuel de la France? À ce petit jeu, le Front National, n’ayant jamais participé à l’exercice du pouvoir, ne peut que convaincre davantage avec un discours populiste, réactionnaire. Les sondages actuels, exprimant des niveaux d’intentions de vote pour Marine Le Pen jamais atteints par son père à un peu plus d’un an d’une élection présidentielle, rendent plus que crédible le scénario de la présence du FN, comme en 2002 au second tour, cette fois-ci peut-être même en tête. Si cette hypothèse se fait réalité, le propos de Carlos Fuentes sur le populisme étant avant tout le territoire de la droite pourrait aller s’appliquer bien au-delà des terres au sud du Rio Grande.

 
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