Le Royal Vic sous le feu des critiques

L’Université McGill et plusieurs associations en désaccord sur les ambitions du projet.

Marco-Antonio Hauwert Rueda | Le Délit

Le projet de l’Université McGill pour la rénovation de l’hôpital Royal Victoria a récemment été assailli de critiques, tant de la part de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) que d’associations communautaires. Depuis 2018, à la suite de l’aval du gouvernement du Québec et de son financement de 37 millions de dollars, l’Université a travaillé sur l’élaboration d’un plan pour rénover une partie de l’hôpital. Celui-ci a été démantelé en 2015 lorsque les services de santé ont déménagé pour s’installer dans le nouveau Site Glen du Centre universitaire de santé de McGill (CUSM). Les associations condamnent notamment le manque de consultation entourant le plan de l’Université ainsi que l’instinct de privatisation qui teinte pour l’instant le remodelage du Royal Victoria.

→ Voir aussi : Des nouvelles du Nouveau Vic

Les plans de McGill

En 2018, le gouvernement du Québec a annoncé que l’Université McGill était autorisée à explorer la possible rénovation de plusieurs pavillons du Royal Victoria. Au cours des années qui ont suivi, des consultations ont été menées et des professionnels ont été embauchés pour l’élaboration d’un « dossier d’opportunité », qui a ensuite été soumis à l’examen du gouverneméent. Parmi les ambitions annoncées par l’Université s’inscrit la mise en place de laboratoires de recherche, de salles de classe, d’amphithéâtres, d’une bibliothèque, d’aires d’étude, de cafés et d’espaces verts.

Les recherches menées dans les laboratoires du site seront toutes liées au développement durable, affirme l’Université. L’un des projets annoncés par McGill, par exemple, est celui de la chercheuse Audrey Moores, qui tente de créer du plastique biodégradable à partir de carapaces de crustacés. Les espaces verts prévus pour l’aménagement du site viseront aussi à satisfaire les ambitions de verdissement de l’Université.

En mai 2021, le dossier d’opportunité élaboré par McGill a reçu l’aval du Conseil des ministres du gouvernement du Québec. Un mois plus tard, il a également obtenu l’approbation du Conseil municipal de Montréal. À présent, le dossier d’opportunité doit être soumis à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), qui a organisé une consultation publique cet automne pour déterminer si le projet satisfait les désirs de la communauté montréalaise.

Une consultation insuffisante ?

L’une des principales critiques adressées à l’Université est qu’elle n’aurait pas suffisamment consulté les étudiants et les communautés concernées lors de l’élaboration du dossier d’opportunité. Dans une lettre ouverte envoyée à la communauté étudiante mcgilloise, le vice-président aux Affaires externes de l’AÉUM Sacha Delouvrier a affirmé que, « sur demande, l’AÉUM n’a pu obtenir une copie du rapport formel entourant [les] consultations » sur le projet, suggérant que de véritables consultations ne se sont pas produites du tout. Selon lui, « la majorité [des] « consultations » semblent avoir été de nature performative ». 

Quant à elle, l’Université affirme que toutes « les différentes parties impliquées » ont été rencontrées et écoutées. Cela inclurait « les étudiants, les médias et les communications universitaires, les partenaires communautaires (le Comité des citoyen(ne)s de Milton-Parc, Les amis de la montagne), les partenaires autochtones, les représentants du gouvernement provincial et du gouvernement fédéral, ainsi que divers experts ». Dans une intention de transparence, les responsables académique et exécutif du projet ont organisé une assemblée publique, le 31 août dernier, afin de laisser les étudiants de McGill « partager leurs impressions et leurs questions au sujet de cet important projet ».

Pendant le conseil législatif de l’AÉUM, le 23 septembre dernier, le représentant de l’Association étudiante de la Faculté des sciences (AÉFS) Andrés Perez Tiniacos a davantage scruté les affirmations de l’AÉUM. Selon lui, des exécutants de l’AÉFS – dont l’actuelle vice-présidente Académique Alexandra Mircescu – ont bien fait partie des personnes contactées au sujet du dossier d’opportunité. « Le président de l’AÉUM, la présidente de l’AÉFA [Association étudiante de la Faculté des Arts, ndlr] et le président de l’AÉFS ont tous été invités à faire partie de ces rencontres, mais n’y ont finalement pas assisté », a‑t-il affirmé, ce qui semblerait contredire les propos de la lettre ouverte de l’AÉUM.

En réponse à ces remarques, le v.-p. Delouvrier a réitéré l’incapacité des représentants du projet de fournir des informations spécifiques relatives à la consultation avec la communauté. Il s’est dit convaincu que l’assemblée publique organisée par l’Université le 31 août n’était qu’une façade et a rappelé que McGill n’a pas besoin de l’aval de la communauté étudiante pour mettre en marche ses projets, les représentants étudiants n’occupant qu’une minorité des sièges du conseil d’administration.

« Les associations condamnent le manque de consultation entourant le plan de l’Université ainsi que l’instinct de privatisation qui teinte le remodelage du Royal Victoria »

Le rôle des communautés autochtones

Comme le rappellent l’AÉUM et l’Université, le site sur lequel le Royal Victoria est situé a longtemps été occupé par des communautés autochtones de la nation ​​Kanien’kehá:ka, qui en firent un lieu d’inhumation important. Depuis sa fermeture, l’hôpital a servi de refuge d’hiver et de site d’isolement pour la COVID-19 à l’intention des personnes en situation d’itinérance de la zone Milton-Parc, à majorité autochtones. Étant donné les liens historiques des communautés autochtones avec cet endroit, l’Université affirme vouloir donner « une attention particulière […] à l’équilibre entre la fonctionnalité, la nature, le patrimoine et la reconnaissance de l’histoire autochtone du territoire ».

Concrètement, l’Université a lancé en janvier 2021 un « processus d’intégration des communautés autochtones » dans la conception du projet du Nouveau Vic qui, selon l’administration, bénéficie de l’appui d’Acosys, une entreprise de consultation autochtone. L’objectif de ce processus serait de « créer à McGill des espaces qui favorisent à la fois un sentiment d’appartenance et de bien-être culturel pour les étudiants autochtones et une occasion pour les allochtones de se familiariser avec l’histoire, la culture et les modes de connaissance autochtones ». Il n’est pas encore clair à quoi ressembleraient spécifiquement ces espaces d’intégration des communautés autochtones, bien qu’il est précisé dans le plan maître de McGill que l’administration souhaite mettre en place « une nouvelle structure facilitant les études autochtones, y compris des bureaux universitaires, des espaces d’enseignement, des espaces cérémoniels, des espaces d’étude communs, ainsi que des services de relations d’aide et d’autres services » pour les étudiants autochtones. Dans sa lettre ouverte, l’AÉUM s’est montrée sceptique du fait que l’Université ait convenablement consulté les communautés autochtones dans l’élaboration du dossier d’opportunité. Selon Sacha Delouvrier, « le principal pouvoir de décision concernant la réoccupation de ces terres et les projets futurs devrait être entre les mains des communautés autochtones concernées », ce qui, suspecte-t-il, n’aurait pas été le cas. Le Délit a tenté de rejoindre le v.-p. Delouvrier pour savoir si ses propos étaient la conséquence de préoccupations exprimées directement par des représentants autochtones mais n’a pas reçu de réponse.

Revendications citoyennes

Dans l’ambition de critiquer la stratégie de l’administration, l’AÉUM a aussi rejoint la Coalition Le Royal Vic pour le bien public, une association qui rassemble plusieurs groupes de citoyens de la zone Milton-Parc. Le regroupement n’est pas nécessairement opposé à ce que l’Université utilise une partie du site du Royal Victoria, mais veut surtout que l’ancien hôpital soit réaménagé pour « servir l’intérêt public ». 

La Coalition cherche à ce que le site satisfasse les intentions des fondateurs de l’hôpital, selon lesquels « le site [devait] être utilisé pour le soin et la guérison ». L’Université assure que ses projets vont de pair avec ces idéaux. « Notre vision ambitieuse n’est pas seulement de guérir des corps individuels, mais de développer des solutions qui contribueront à guérir le monde ». De son côté, la Coalition doute de la validité de cet argument mais craint que la stipulation des fondateurs du Royal Victoria ne soit pas juridiquement contraignante.

Dans une lettre ouverte signée par 55 organisations, dont l’AÉUM, la Coalition plaide pour que le Royal Victoria ne soit pas privatisé. « À nos yeux, la propriété du site dans son entièreté, autant des bâtiments que du terrain, doit demeurer dans le domaine public, c’est-à-dire entre les mains du gouvernement du Québec ou de la Ville de Montréal. Une autre possibilité serait d’implanter un mode collectif de propriété et de gestion, par exemple une fiducie foncière, un organisme sans but lucratif ou une coopérative. » Le dimanche 26 septembre dernier, la Coalition Le Royal Vic pour le bien public et l’Office aux Affaires externes de l’AÉUM ont organisé une manifestation pour mettre de l’avant leurs demandes. L’Université n’a pas fait de commentaires à ce sujet.


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