À contre-courant
8 février 2011
Quand marginalité et ouverture d'esprit font deux.

Il y a deux types de marginaux: ceux qui sortent des sentiers battus parce qu’ils sentent que ce que la société traditionnelle leur offre ne leur convient pas, et ceux qui disent blanc quand les autres disent noir, uniquement pour détonner et provoquer. Ces derniers n’ont rien de contestataire, puisque leur réaction dépend de l’opinion publique. Ils attendent de savoir ce qui est politically correct pour aussitôt faire le contraire et, ainsi, attirer les regards sur eux.

Loin de moi l’idée de critiquer les marginaux de la société. Au contraire, ce sont les revendicateurs des extrêmes, gauche ou droite, qui dynamisent la machine humanitaire en questionnant un monde à tendance immobiliste. Pourtant, ce que j’ai vu samedi dernier au Salon de la marginalité a déclenché la petite sonnette d’alarme qui me rappelle à chaque fois l’importance de conserver un regard critique sur ce qui nous entoure. L’événement de clôture était la prestation rocambolesque d’un dénommé Disco Salope. Cet homme d’une trentaine d’année, grand, maigre, portant la moustache et habillé en drag queen, se classait clairement dans une catégorie à part. Le spectacle qu’il donnait en solo avait tout pour provoquer: langage vulgaire et ton provoquant, il mettait le doigt sur des tabous choquants, ou du moins déroutants. De «je ne mettrai jamais mon manche dans une chatte» à «je ne serai jamais sidéen» en passant par «je ne courrai jamais nu-pieds», le personnage de Disco Salope a passé en revu divers comportements proscrits par la société. Accompagné d’une trame très sonore, il a ainsi déballé la première partie de son spectacle.

Ce qu’il faut préciser, c’est que le Salon de la marginalité avait trouvé refuge dans le sous-sol de l’Église Saint-Denis. Malheureusement pour Disco Salope, il n’était pas le seul, ce jour-là, à travailler dans l’église. Suite à la sortie tonitruante de cet énergumène (torse nu) hors du local, une dame du presbytère est venue lui demander de baisser la musique. Saint Denis a dû se retourner dans sa tombe. Après avoir entendu la requête légitime de l’employée de l’église, Disco Salope a annoncé que son spectacle serait retardé afin qu’on remédie à la situation. Le ton employé par le travesti qui s’est exclamé: «La musique est trop forte, on va brailler!» ne laissait aucun doute sur le mépris qu’il avait pour la vieille dame.

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Au Salon de la marginalité, ce sont ceux qui suivent le courant principal qui apparaissent complètement hors norme. Apparue comme un cheveu sur la soupe, la dame tout ce qu’il y avait de plus classique, avec ses cheveux blancs et son tricot de laine s’est vue regarder de haut par la drag queen, un peu comme s’il lui reprochait de ne pas être plus ouverte d’esprit. Et c’est là qu’il faut être critique avec les revendicateurs de la différence. C’est bien beau d’être ouvert, mais il faut l’être pour tout le monde, même pour les plus conservateurs. Car sinon, où est-elle, l’ouverture d’esprit?

Comme le disait un exposant du Salon: «Il ne faut pas se leurrer. On a beau se qualifier de marginaux, il reste que tous, nous formons la société actuelle. Nous y avons tous notre place.

 
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