Au nom du Père?
11 janvier 2011
Attention, chronique de droite

Quel meilleur moment que le retour des vacances de Noël pour vous parler de patrimoine religieux au Québec? Après avoir apprécié les derniers restants de notre héritage chrétien pendant deux semaines, je désire revenir sur un débat qui a eu lieu au courant du mois de juin, entourant la préservation d’églises et d’orgues, par le biais de la nationalisation.

Avec l’ex-député péquiste Daniel Turp en tête, quelques dizaines de personnes ont signé une lettre ouverte implorant le gouvernement québécois d’intervenir pour que cesse la vente des églises et des orgues pendant un an. Je dois avouer que c’est un sujet qui me touche. Je suis le premier à déplorer la dégradation de nos églises et le nombre de Québécois qui manquent de respect envers les traditions religieuses qu’ils ont jadis endossées.

Mes doléances s’arrêtent là. Qui suis-je pour imposer le dictat de mes valeurs à mon voisin? Absolument personne. C’est ce que Daniel Turp et ceux qui approuvent son initiative ne semblent pas avoir compris. Si les Québécois se sont massivement détournés de la foi catholique, ils doivent aussi en assumer les conséquences. Celles-ci sont nombreuses et elles doivent être acceptées, si les gens ne changent pas librement de comportement.

Il faut dire que le manifeste pour la sauvegarde du patrimoine religieux du Québec n’a rien d’étonnant. Un sondage publié le 3 avril 2010 dans La Presse nous apprenait que 61% des gens qui ne vont jamais à l’église au Québec croient malgré tout que Jésus est le fils de Dieu, ce qui est l’une des pierres angulaires du dogme catholique. Autrement dit, pour reprendre les mots de l’analyse du quotidien montréalais, nous sommes les «champions du catholicisme non-pratiquant».  Où est le lien avec le manifeste? Je dirais qu’il se trouve dans l’hypocrisie.

Il semblerait que nous tenions à notre religion. Malgré la désaffection de masse, nous ne voulons pas nous en détacher. Que faire quand on ne veut pas assumer la responsabilité de nos actions et de nos désirs? On se tourne vers le gouvernement et on demande qu’il le fasse à notre place. C’est exactement ce que fait Daniel Turp. Son manifeste, s’il avait été réellement axé sur la protection du patrimoine religieux, aurait fait la promotion de l’importance d’avoir la foi. Ici, il ne fait que récupérer la lamentation de gauche implorant le gouvernement de tout faire pour l’«intérêt supérieur des Québécois».

Deux solutions s’offrent réellement à nous. La première serait d’instaurer un impôt religieux volontaire que les Québécois paieraient en indiquant la religion dont ils sont membres. Ainsi, un Catholique se déclarerait tel et paierait une certaine somme qui irait à sa paroisse. Cet impôt lui donnerait accès aux services religieux tels le baptême, le mariage et les funérailles. S’il ne voulait pas payer, mais qu’il voulait tout de même avoir accès à certains services, il devrait débourser la somme requise par l’église. Agir ainsi permettrait à tous de supporter le patrimoine religieux sans devoir aller à la messe et sans être contraints par le gouvernement de débourser, par le biais des impôts obligatoires, pour des églises qui ne leur importent pas où dont ils ne veulent pas assumer le fardeau individuellement. Un tel système existe en Suisse.

La seconde solution serait que les gens retournent à l’église et vivent leur foi sans avoir à passer par le gouvernement pour collecter la dîme et la redistribuer. Si le patrimoine religieux est si important aux yeux des Québécois, qu’ils le prouvent en allant écouter ce que leur curé a à dire.  Sinon, ce désir de préserver le côté agréable de la foi, soit la valeur esthétique des églises, ne tient aucunement compte du but de la construction de telles infrastructures. Elles n’ont pas été construites uniquement pour être belles et pour servir de reposoir à une identité nationale boiteuse. Elles sont là pour célébrer Dieu.

Si plus personne ne veut le faire, laissons le marché s’occuper d’elles. Si des entrepreneurs veulent y construire des condos et que des gens veulent y habiter, nous ne pouvons rien y faire. Nous ne pouvons refuser à des personnes le droit de vivre dans certains édifices parce que jadis, ils étaient importants. À tous ceux pour qui le patrimoine religieux est important, quand êtes-vous allés à la messe pour la dernière fois? Si votre réponse est jamais, allez donc y faire un tour et faites votre part. Sinon, taisez-vous à jamais.

 
Sur le même sujet: