St-Jean-de-Tremblay
15 mars 2011
Attention, chronique de droite

Le maire de Saguenay, Jean Trembay, est tout un numéro. Les amateurs d’Infoman auront pu gentiment se moquer de lui en voyant les chroniques plutôt surréalistes diffusées presque à chaque semaine à l’émission de Jean-René Dufort. Il n’a cessé de faire parler de lui. Il est le Jean Drapeau du nord, mais avec les bondieuseries en prime.

Le maire tient mordicus à la prière chrétienne (pour ne pas dire catholique) ainsi qu’aux signes religieux au sein du conseil municipal. Y voyez-vous une entorse au principe de séparation de l’Église et de l’État? Si c’est le cas, n’ajustez pas votre appareil. Vos questionnements sont légitimes.

Le débat a été relancé par une poursuite devant la Commission des droits de la personne adressée contre le Maire Tremblay par Alain Simoneau, un athée du Mouvement laïque québécois (MLQ). Le plaignant réclamait 100 000$ pour dommages et intérêts ainsi que pour couvrir les frais juridiques. Le recours en justice demandait aussi le retrait du crucifix ainsi que de la statue du Sacré-Cœur de la salle du conseil municipal. J’éprouve de sérieuses réticences quant à la manière employée pour se débarrasser de ces objets et pratiques. Je doute fortement qu’un homme puisse subir des dommages de la part d’un Dieu auquel il ne croit pas. Aussi, il n’est pas du mandat d’une Commission des droits de la personne de ménager les sentiments des croyants et des non-croyants. Il n’est pas non plus de son mandat de demander des compensations monétaires pour des pratiques qui devraient faire l’objet d’un débat public.

Or, maintenant que nous y sommes, je ne peux rester silencieux devant la situation. La religion et l’État sont deux choses séparées. Il s’agit pour moi d’une éthique d’État inébranlable, peu importe la situation qui prévaut au sein de la société. Je me serais opposé à la prière au sein d’une assemblée étatique en 1910, même lorsque notre province était un bastion de ferveur catholique. L’homogénéité religieuse, la ferveur et la tradition ne sont pas des arguments valables pour justifier l’intrusion de la foi dans nos institutions puisqu’il y aura toujours au moins un athée, un protestant, un juif ou quelqu’un de confession différente au sein d’une population. L’État a aussi le mandat de les représenter et de les défendre.

Je désire également approfondir l’aspect traditionnel de la prière. Certaines personnes qui me connaissent savent que j’appelle parfois l’Église catholique du Québec la «béquille identitaire» de la province. Lorsqu’une crise identitaire en lien avec notre passé de bons sujets du Pape pointe à l’horizon, nos curés et prêtres deviennent des gens commodes et utiles sur lesquels s’appuyer pour faire valoir notre identité! Après tout, le catholicisme, comme bien des confessions chrétiennes, est aisé à définir. Vous êtes baptisé et vous faites partie du groupe. Lorsque l’Autre se pointe à nous, il est si aisé de ressortir cet aspect pour définir le groupe du Nous. Maintenir la prière ainsi que les signes religieux au sein d’un organe de l’État ne fait que rappeler ce phénomène de béquille. Combien des plus de 81 000$ amassés (en date du 24 février 2011) par l’appel au don pour protéger les rituels religieux au sein du conseil municipal proviennent de sincères croyants qui pensent que Dieu veut que la vie des hommes soit régie par Sa loi sur la Terre comme au Ciel? Il y a fort à parier que bien de ces deniers proviennent de gens qui ne croient pas particulièrement à Dieu, qui ne vont qu’à la messe pour Noël, mais qui trouvent que Dieu est important parce que c’est la tradition. On ne gère pas un État ou une ville ainsi. Les Québécois ont rejeté l’Église catholique dans les années 1960. Qu’ils soient cohérents et qu’ils la laissent disparaître de nos institutions. Elle n’y a jamais eu de place légitime.

Comme il faut combattre le feu par le feu, je me permettrai de citer la Bible pour justifier le retrait du crucifix ainsi que l’abandon de la prière à Saguenay. Dans l’Évangile de Jean, alors que Ponce Pilate demande à Jésus s’il est le roi des Juifs, sa réponse est la suivante: «Ma royauté n’est pas de ce monde. […] Mais ma royauté, maintenant, n’est pas d’ici» (Jean 18 :36). Que Jean Tremblay accepte les enseignements de celui en qui il croit.

Il aura tout le loisir d’être gouverné par Jésus lorsqu’il rejoindra Son royaume.

 
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